J’ai toujours entendu dire que l’on connaît une personne en ouvrant son frigo. Pour Mme Partensky, professeur de littérature comparée, on connaît une personne en parcourant sa bibliothèque.
J’aimais beaucoup les cours de Mme Partensky.
Et Mme Partensky.
Depuis, je range ma bibliothèque pour lui faire raconter des histoires.
Petit moment de grâce ce matin : j’ai redécouvert l’existence du thérémine, le plus ancien instrument de musique électronique, fleuron des nouvelles technologies soviétiques en 1919. Le grand Lénine lui-même en prenait des leçons avant que les Stones, les Bee Gees, Jean-Michel Jarre ou Zazie ne s’en emparent.
Certaines vont s’acheter des godasses, d’autres des sous-vêtements ou des fringues. Moi, c’est les microsillons. Chez Emmaüs surtout. Je me fais des descentes régulières, totalement impromptues et assez compulsives. Cours de la Somme, ils sont dans le coin à droite de la pièce du fond à droite au bout du couloir, après les VHS, juste avant l’escalier. Dans cette petite salle : luminaires, suspensions, abats-jours, friteuses, transistor, appareils ménagers et les 33 et 45 tours. Moquette délavée. Poussière. Éclairage néon écologique : un peu blanchâtre.
Un trajet Aéroport – Centre Ville – Aéroport est un voyage dans le voyage, un aller-retour 2, au carré. Le mieux, c’est quand Aéroport et Centre ville sont chacun des terminus. Ça pose, deux, là. J’aime. Un trajet qui sonne en écho à quelques jours d’intervalle. Même si l’itinéraire ou le mode de transport est différent, c’est un moment / trajet qui existe précisément par rapport à un autre. Une sorte de théorème urbain de la boucle.
A l’aller, je viens d’arriver.
Au retour, je suis sur le départ.
Mercredi, en fin d’après-midi, un homme s’amusait avec 9 ballons jaunes. Attachés les uns aux autres avec une corde rouge, ils formaient un drôle de cerf-volant dans le ciel de la place de la Victoire. Jeudi midi, c’est une drôle d’installation qui se dressait sur une diagonale de 20 mètres. Un ruban d’argent (pas du papier d’alu, c’était beaucoup plus fin) reliait 2 lampadaires de la place : comme du Christo mais qui tentait d’emballer le vent.
Il soufflait fort ce jeudi. J’ai toujours aimé écouter le vent dans les pins. A Bordeaux, je n’entends pas beaucoup le vent. La ville est très minéral. Avec ce ruban, le vent prenait tout à coup sa place, il devenait soudain présent et visible. Tout d’argent vêtu. Ça claquait, c’était strident, assez désagréable parfois. Les nuages et le soleil s’y reflétaient. J’ai trouvé que c’était beau.
Je me suis demandée qui du lampadaire, qui du ruban, cèderait en premier. Du coup, je suis restée.
On appelle cette région « les skyblogs ». Un continent noir, très peu cartographié, peuplé de pygmées aux mœurs primitives. Ils seraient plus de 5 millions (mais personne n’en est certain car leur administration a la particularité de recenser les tombes). Leurs dieux ont pour nom Zac Efron, Justin Bieber, Shakira. Leur devise « click sur les kiffs c’est rendu » est l’équivalent de notre « liberté, égalité, fraternité ».
Les skybloggers sont tolérés en visite dans d’autres régions du web, car ils en divertissent les bourgeois. On s’échange de bonnes blagues à propos de leur physique difficile, de leurs peintures corporelles hésitantes, du soin accordé à leurs coiffes, de leur goût pour les fresques tape-à-l’œil, et surtout de leur patois rudimentaire dérivé du franglais, riche en idéogrammes anthropomorphes destinés à exprimer les émotions. Tout comme les Grecs ont autrefois appelé « barbares » ceux dont ils ne comprenaient pas la langue, leur babil a produit le surnom de «kikoolol ». (ex : « toi le kikoolol, dégage de mon twitter, ici c’est pour les grands »).
Au Kikoololistan, comme dans toute société primitive, les contes, légendes et superstitions sont au cœur de la vie sociale. De nombreux bardes femelles (plus rarement des mâles) déploient tout leur talent dans l’écriture de récits épiques à la gloire du Dieu des Dieux, du Jupiter du Brushing, de l’Huitzilopochtli du Labello : Justin Bieber. J’ai passé un week-end dans les chroniques mythologiques de cet autre monde. Et j’ai voyagé, oh. Ça oui.
Explorons ensemble les richesses créatives musicales d’hier et d’hier. Ce qui est beau dans la musique, c’est la rencontre des disciplines… A chaque nouille sa sauce, le foot pour l’une, la poof pour l’autre. Ce sera à vous de juger.
Battle One.
Pourquoi « We’ve got a feeling » (Camille)
En souvenir de la coupe mulet de Waddle, un « must hair » des années 88. Pour le cliché colonialaux-bananiesque sur Basile, joueur que j’adorais (buteur de la finale quand même). Parce que je suis sûre que ce morceau est à l’origine de Saga Africa, Basile dit « Saga Dance ». Parce qu’on dirait un gros powerpoint animé et que les grosses bouches, elles font penser à autre chose. Et que je kiffe l’OM depuis Goethals.
Pourquoi « Aujourd’hui plus qu’hier… et bien moins que demain », par Sophie Favier (Méline)
Pour les paroles, qui annoncent d’entrée « ces mots-là sont trop forts » et tiennent leurs promesses avec « tu te brûles à mes reins » et autres « punis-moi plus encore ». Pour le scénario tendu du clip, qui fait monter la tension du slip jusqu’à ce que la nudité de Sophie nous brûle les yeux – mais tu peux démarrer la vidéo directement à 1’30. Pour l’allégorie du coït subtilement suggérée par un bourrin en sueur se martelant le pelvis sur le flipper dans lequel la belle se dénude, mutine. Pour la coupe de cheveux du coiffeur de Sophie, qu’on a à peine le temps d’admirer mais qui vaut bien celle de Waddle. Parce qu’elle chante « aujourd’hui, plus d’cuillère » d’un bout à l’autre. Je crois que j’ai gagné?
(pour les plus littéraires d’entre vous, les paroles sont là:)
« Sara perche ti amo », « Sei l’amore della mia vita », « Sei tutto per me », « Il mio cuore è a te » et le fameux « Ti amo »… Ça, c’est l’amour en Italien. En Italie du Sud, ils ont plus que des chansons d’amour aux regards brûlant d’intensité, ils ont aussi leur ville. Murs, poteaux, wagons, statues, barrières, chaises, panneaux, trottoirs : l’amour se déclare partout.
Comme chaque année, le Festival In d’Avignon accueille des invités prestigieux : Olivier Cadiot, Christoph Marthaler, Ariane Ascaride… Va y avoir du Shakespeare, du Musil, du Kafka, du Ionesco, du Brecht… Que du grand. Mais, en fait, on s’en fout. Le In, ce n’est pas pour les 2 nouilles. Nous, c’est le Off. Être au premier rang dans un tout petit théâtre, voir le comédien trembler, discuter au hasard avec les artistes dans la rue, découvrir des textes, rencontrer les auteurs. La nouille aime. Du 8 au 31 juillet, plus de 1 000 spectacles sont joués dans des dizaines de théâtres. Comment une nouille réussit-elle son festival ?
Le jean troué, la veste en cuir poisseuse, il a l’haleine lourde d’alcool. Il râle, il gueule. « Vous branlez rien. J’suis pas d’Bordeaux moi, j’vous emmerde ».
Malaise dans la file. Insultes.
L’attente est longue, la file s’allonge et le guichet de la Poste ne désemplit pas.
C’est son tour.
« Yves J*****, je suis SDF, je suis au Samu Social. Combien j’ai sur mon compte ?
- 1 euros 30
- Bon, je les prends
- Non, Monsieur, je ne peux pas vous les donner, vous savez
- Non, j’sais pas
- Il faut un minimum sur le compte soupirs »
En sortant, je me suis dit qu’il était bien le seul à donner son nom pour se présenter à un guichet de la Poste. Une seule chose lui appartient encore : son identité.
Elle est là, juste à gauche en entrant. Elle nous regarde tranquillement, avec ses boutons rose et violet, ses pièces de « 1 francs » à insérer et son grand écran noir. Le joystick à l’air. Quand j’arrive le matin au boulot, je la vois, ça me fait plaisir, je lui claquerais pas la bise mais franchement, j’ai souvent rêvé d’elle petite. Alors, la voir en vrai, comme ça, ça fait pétiller le souvenir.
On aime bien se mettre devant, on s’y retrouve souvent accroupi à feuilleter les disques, à échanger des regards complices, à s’esclaffer. On danse, on dodeline de la colonne, on fredonne, on a la tête qui penche. La platine, c’est comme un autel en hommage aux vieilles choses. Le son crépite, les pochettes de disques sont toutes écornées, scotchées, jaunies, couvertes d’écritures.
Il y a 2 mois, Viméo a lancé un groupe, le « One Minute Project ».
Les principes :
- durée : 1 minute
- pas de mouvement de caméra : plan fixe
- plan séquence : aucun montage
- son brut : pas de mixage de quoi que ce soit
S’asseoir, poser sa caméra et prendre le temps de regarder ces « instants minutes » que tous les jours on ne fait que voir. Capter ces moments du quotidien, prendre le temps de porter un regard, observer et rester immobile.
Les volets sont souvent autour des fenêtres, dehors, collés au mur. Ils peuvent aussi être à l’intérieur de la maison ou de l’appartement. Il existe des persiennes, des volets roulants, des volets d’intérieur, des volets électriques, des volets battants, des jalousies, des volets en plastique, des volets coulissants.
Ils protègent de la lumière, de la chaleur, du froid, ils nous cachent, ils nous dissimulent, ils nous isolent, ils font de l’ombre. Ils coulissent, ils se plient, ils se rabattent, ils claquent dans le vent, ils s’enroulent, ils se déroulent.
à vous la passerole