[Streetrevue #7]
Voilà l’été, toujours l’été, voilà l’été, éhéhéhé. Je déteste cette chanson. Pourtant elle reste dans ma tête, toujours un peu trop longtemps. Les 2 nouilles partent bientôt rejoindre les cigales, le OFF, avec pastis et chapeau de paille. C’est l’étééhéééhééé.
A Bordeaux, c’est la grande récré. La ville a été transformée en galerie photo. Des artistes s’amusent à répondre aux autres. Un zoo africano-campagnard s’est même invité vers St Michel.
Jusque là, tout se passait à peu près bien.
Nous étions tous gentils et dociles à nous prendre en photo les uns les autres, à poser sur le canapé gris, à se chercher timidement du regard. Je dirais que nous étions tous relativement équilibrés, une sorte de panel représentatif de gens qui vont au théâtre un vendredi à 19h : entre 25 et 40 ans, sans style vestimentaire prédominant, une majorité de femmes, plutôt de gauche limite à voter écolo.
Ce vendredi soir, je me suis retrouvée face à une femme nue ET un homme, nu. Cela faisait très, très longtemps que ça ne m’était pas arrivée.
[StreetRevue #6]
Quand est-ce qu’il/elle l’a collé ? C’était un matin ? Un mardi peut-être ? Un dimanche, il doit y avoir moins de monde. Genre à 7h30.
Il ne devait pas pleuvoir, ça ne doit pas être commode sous la pluie.
Il a pris un escabeau là, c’est pas possible.
Elle se balade donc avec une craie dans la poche. Ça ferait pas des tâches la craie ?
Un trajet Aéroport – Centre Ville – Aéroport est un voyage dans le voyage, un aller-retour 2, au carré. Le mieux, c’est quand Aéroport et Centre ville sont chacun des terminus. Ça pose, deux, là. J’aime. Un trajet qui sonne en écho à quelques jours d’intervalle. Même si l’itinéraire ou le mode de transport est différent, c’est un moment / trajet qui existe précisément par rapport à un autre. Une sorte de théorème urbain de la boucle.
A l’aller, je viens d’arriver.
Au retour, je suis sur le départ.
[StreetRevue #5]
Dans les années 90, le Kriss-Kross mettait son blue-jeans à l’envers. C’était pleinement conscient, hyper marketé et, on peut le dire, assez stupide.
Aujourd’hui, sur les murs, il y a ceux qui font et il y a ceux qui défont. Les effaceurs. La brigade « Anti ». Ils arrachent, karchérisent, grattent, recouvrent, repeignent. Et, à force de supprimer, ils révèlent de nouvelles formes, de nouvelles couleurs, dessinent de nouvelles œuvres. Dans ce palimpseste perpétuel, c’est une œuvre en creux qui se dessine, une version en négatif, en contraste inversé. Du « reverse » comme y disent les Américains. Ça fait plusieurs semaines que mon regard s’attarde sur ces tableaux et que je me régale avec ces tags à l’envers.
[StreetRevue #4]
Quand je marche ou fais du vélo, je me retourne souvent, juste pour avoir un autre angle. Un contrechamp. J’ai appris il y a bien longtemps qu’un chemin se regarde dans les 2 sens. Au cas où.
Un homme, que je qualifierais d’intelligent m’a dit : « il faut que tu lises ce bouquin, il est interactif, y’a des codes dedans, tu vas voir, c’est incroyable ». Visiblement, cet homme n’a pas lu le bouquin. Mais il a su me le vendre.
J’ai donc lu les aventures de l’agent Steve Dark au prise avec le terrible tueur hyper violent genre « Seven » en pire : Sqweegel. Les bonheurs de la lecture font que certains mots ne sont pas à prononcer. Squouigueule (je le dis comme ça moi) est un tueur de niveau 26 : il s’enduit de beurre pour se fondre dans sa combinaison de latex blanc avec fermeture éclair sur la bouche. Nu. Il tue. Je crois qu’il a un problème avec sa maman.
Si quelqu’un pense lire le bouquin, qu’il quitte maintenant les2nouilles, je vais dévoiler des bouts de l’histoire.
Mercredi, en fin d’après-midi, un homme s’amusait avec 9 ballons jaunes. Attachés les uns aux autres avec une corde rouge, ils formaient un drôle de cerf-volant dans le ciel de la place de la Victoire. Jeudi midi, c’est une drôle d’installation qui se dressait sur une diagonale de 20 mètres. Un ruban d’argent (pas du papier d’alu, c’était beaucoup plus fin) reliait 2 lampadaires de la place : comme du Christo mais qui tentait d’emballer le vent.
Il soufflait fort ce jeudi. J’ai toujours aimé écouter le vent dans les pins. A Bordeaux, je n’entends pas beaucoup le vent. La ville est très minéral. Avec ce ruban, le vent prenait tout à coup sa place, il devenait soudain présent et visible. Tout d’argent vêtu. Ça claquait, c’était strident, assez désagréable parfois. Les nuages et le soleil s’y reflétaient. J’ai trouvé que c’était beau.
Je me suis demandée qui du lampadaire, qui du ruban, cèderait en premier. Du coup, je suis restée.
[StreetRevue #3]
D’un arrêt à un autre, le regard glisse sur les façades, cherche un peu le ciel puis revient à la ville, aux visages qui montent et descendent. Les belles choses passent à toute allure, impossible de les saisir. L’ennuyeux avec le tram, c’est qu’on ne s’arrête pas quand on veut. Il faudra que je revienne, à pied ou à vélo, pour les photographier. Et si ce n’est plus là demain ? Et s’il pleut ?
Cette semaine j’ai reçu le prospectus ci-joint dans ma boîte aux lettres. Le titre m’a tout de suite laissée perplexe : « comment vivrait-on dans un monde sans amour et zéro papier ? »
Moi, je n’ai pas envie de vivre sans amour, alors je lis vite la suite (comme ils sont malins).
En gros, le prospectus explique combien recevoir des prospectus dans sa boîte aux lettres rend tellement heureux :
- « La filière forêt-bois absorbe plus de 70 millions de tonnes de CO2 » : mais au fait, le processus de blanchissement du papier et le transport des prospectus, ils en rejettent combien, eux, de CO2 ?
- « votre pouvoir d’achat est amélioré » : ah oui c’est vrai que je passe des heures à comparer les offres entre les prospectus Carrefour et Leclerc… (En même temps c’est ce que font les provinciaux, souvenez-vous
)
- « les papiers recyclés représentent 42% des papiers » : et les 58% restant qui consomment presque deux fois plus d’eau ?
- « nous ne rejetons pas de métaux lourds dans la nature » : ah ben non, ça, en fait, ce n’est pas dit dans le prospectus, ils ont dû oublier de le mentionner…
On appelle cette région « les skyblogs ». Un continent noir, très peu cartographié, peuplé de pygmées aux mœurs primitives. Ils seraient plus de 5 millions (mais personne n’en est certain car leur administration a la particularité de recenser les tombes). Leurs dieux ont pour nom Zac Efron, Justin Bieber, Shakira. Leur devise « click sur les kiffs c’est rendu » est l’équivalent de notre « liberté, égalité, fraternité ».
Les skybloggers sont tolérés en visite dans d’autres régions du web, car ils en divertissent les bourgeois. On s’échange de bonnes blagues à propos de leur physique difficile, de leurs peintures corporelles hésitantes, du soin accordé à leurs coiffes, de leur goût pour les fresques tape-à-l’œil, et surtout de leur patois rudimentaire dérivé du franglais, riche en idéogrammes anthropomorphes destinés à exprimer les émotions. Tout comme les Grecs ont autrefois appelé « barbares » ceux dont ils ne comprenaient pas la langue, leur babil a produit le surnom de «kikoolol ». (ex : « toi le kikoolol, dégage de mon twitter, ici c’est pour les grands »).
Au Kikoololistan, comme dans toute société primitive, les contes, légendes et superstitions sont au cœur de la vie sociale. De nombreux bardes femelles (plus rarement des mâles) déploient tout leur talent dans l’écriture de récits épiques à la gloire du Dieu des Dieux, du Jupiter du Brushing, de l’Huitzilopochtli du Labello : Justin Bieber. J’ai passé un week-end dans les chroniques mythologiques de cet autre monde. Et j’ai voyagé, oh. Ça oui.
[StreetRevue #2]
Alors que l’on se déplace d’un point à un autre, un élément surgit, imprévu. Il ne respecte pas les codes graphiques de la ville, il s’en amuse, les recouvre, les détourne, les gribouille. Il trouble pendant quelques instants le cours du quotidien. Éphémère et fragile, on ne sait jamais si on le retrouvera le lendemain. Aussi, s’il est toujours là, il devient petit à petit familier.
Explorons ensemble les richesses créatives musicales d’hier et d’hier. Ce qui est beau dans la musique, c’est la rencontre des disciplines… A chaque nouille sa sauce, l’orthographe pour l’une, l’art contemporain pour l’autre. Ce sera à vous de départager.
Round tou
Pourquoi « D.I.S.C.O » d’Ottawan (Camille)
Avec Ottawan, t’es OK, t’es bath, t’es in et pis c’est tout. Ça te pose un décor fluorescent, effervescent. Tu te trémousses sur la piste de danse en formica orange et vert et tu bois un rhum coca (pas light). D.I.S.C.O, c’est aussi la conjugaison impossible avec la langue française : ils arrivent quand même à nous faire croire que le « I » de DISCO, ça fait « Hystérique » et « Hyper Belle ». A croire qu’ils étaient sous H à l’écriture. Et je sais que cette chanson, dès que tu la fredonnes, juste quand elle a commencé à te rentrer dans le cerveau, elle te reste pour la journée : sous la douche, au cabinet, à vélo,au fourneau. Partout, tout le temps, longtemps.
Pourquoi « Les autres sont jaloux » de Yianna Katsoulos (Méline)
Parce qu’on croit ne pas s’en souvenir, et qu’on se trompe forcément si on est né avant 81. C’est le fameux syndrome « ah-mais-si-attends-olala », phénomène cérébral qu’un neurologue est sans doute capable d’expliquer, mais pas moi. Parce que je trouve ce clip à la fois très daté et indémodable, hors du temps, plein de bon goût et de simplicité, de la fringue à la photo en passant par le montage. C’est probablement parce qu’il sent bon le second degré, seule chose qui ne vieillit jamais. Je me demande ce qu’il se passerait si on nous le resservait aujourd’hui à la FIAC… Et pour finir, parce que je parie MA paire d’escarpins dorés millésime 86 que ça va vous coller à la tête plus longtemps que l’autre.
Dans la ville, les yeux en l’air, les murs m’amusent. Mon regard traîne et cherche. Pochoir, marouflage, sticker, graff, tag, installation : la ville est un grand espace de jeu. Je ne vois pas de dégradation ou de pollution dans ces interventions urbaines mais bien plutôt une réelle proposition éditoriale au sein d’un territoire.
Sélection de quelques unes de mes trouvailles de ces dernières semaines dans les rues bordelaises.
(photos réalisées à l’aide d’un appareil intégré dans un téléphone mobile sans fil, pas HD)
Explorons ensemble les richesses créatives musicales d’hier et d’hier. Ce qui est beau dans la musique, c’est la rencontre des disciplines… A chaque nouille sa sauce, le foot pour l’une, la poof pour l’autre. Ce sera à vous de juger.
Battle One.
Pourquoi « We’ve got a feeling » (Camille)
En souvenir de la coupe mulet de Waddle, un « must hair » des années 88. Pour le cliché colonialaux-bananiesque sur Basile, joueur que j’adorais (buteur de la finale quand même). Parce que je suis sûre que ce morceau est à l’origine de Saga Africa, Basile dit « Saga Dance ». Parce qu’on dirait un gros powerpoint animé et que les grosses bouches, elles font penser à autre chose. Et que je kiffe l’OM depuis Goethals.
Pourquoi « Aujourd’hui plus qu’hier… et bien moins que demain », par Sophie Favier (Méline)
Pour les paroles, qui annoncent d’entrée « ces mots-là sont trop forts » et tiennent leurs promesses avec « tu te brûles à mes reins » et autres « punis-moi plus encore ». Pour le scénario tendu du clip, qui fait monter la tension du slip jusqu’à ce que la nudité de Sophie nous brûle les yeux – mais tu peux démarrer la vidéo directement à 1’30. Pour l’allégorie du coït subtilement suggérée par un bourrin en sueur se martelant le pelvis sur le flipper dans lequel la belle se dénude, mutine. Pour la coupe de cheveux du coiffeur de Sophie, qu’on a à peine le temps d’admirer mais qui vaut bien celle de Waddle. Parce qu’elle chante « aujourd’hui, plus d’cuillère » d’un bout à l’autre. Je crois que j’ai gagné?
(pour les plus littéraires d’entre vous, les paroles sont là:)
à vous la passerole