Quand je fais du tourisme, je regarde beaucoup les murs, et de préférence, de face, en format carré. Faire une soirée diapo de mes vacances est assez compliqué : cela se résume à des photos de murs. Souvent avec un bout de trottoirs. Dans une nouvelle ville, je cherche. Je scrute les murs, j’interroge les coins de rue, je regarde au-dessus, je guette les belles pièces, les collages, les pochoirs..
À Vienne,
j’ai été assez déçue. J’ai eu l’impression d’un terrain de jeu qui appartiendrait aux artistes de « passage ». J’ai bien vu des moutons, j’ai marqué plusieurs points dans la conquête de l’espace, j’ai suivi la flèche et quelques autres choses. Pas beaucoup d’Autrichiens dans le lot.
Mais Vienne a autre chose : ses enseignes. Ces belles lettres racontent une autre histoire. Hors du temps, assez conservatrice mais souvent jolie.
J’avais un caméscope à cassette 8mm. J’ai filmé mon frère faisant la roue, le chat qui dort, les nuages, les murs, la moquette beige mouchetée, les plafonds en lambris. J’oubliais trop souvent que je tenais un caméscope. Quand je cadrais, par hasard, sur la télé ou l’écran de l’ordinateur, l’image se répétait à l’infini. L’image de l’image, l’écran dans l’écran, l’image de l’écran dans l’écran de l’image… J’aimais bien.
Combien de fois une image peut-elle être (re)prise en photo ? Combien de temps cette image conserve son sens, ses contrastes, sa matière ? Combien d’écrans peuvent se superposer ?
Je me demande.
Je me suis amusée. Je suis partie d’une vieille photo : la sunbeam de la famille, 1971. Tirage Kodak, en papier mat. Je l’ai prise et (re)prise en photo, avec instagram, avec ma webcam, avec mon appareil photo, avec l’iphone. J’ai photographié les écrans qui restituaient l’image, j’ai superposé dans le viseur de la webcam, l’écran de l’iphone et l’écran de l’appareil photo pour faire une nouvelle image. J’ai même scanné l’écran de l’appareil photo. J’ai pris en photo la PJ d’un mail. L’image se décadre, se recadre, trouve un nouveau cadre. Les textures changent vite, des informations apparaissent sur l’image, l’image s’inverse et s’efface de plus en plus. Je suis arrivée à 2 séries : une noir et blanc, l’autre tout en pixel saturé.
Je certifie n’avoir jamais utilisé Photoshop (de toute façon je ne sais pas m’en servir).
Petit moment de grâce ce matin : j’ai redécouvert l’existence du thérémine, le plus ancien instrument de musique électronique, fleuron des nouvelles technologies soviétiques en 1919. Le grand Lénine lui-même en prenait des leçons avant que les Stones, les Bee Gees, Jean-Michel Jarre ou Zazie ne s’en emparent.
Certaines vont s’acheter des godasses, d’autres des sous-vêtements ou des fringues. Moi, c’est les microsillons. Chez Emmaüs surtout. Je me fais des descentes régulières, totalement impromptues et assez compulsives. Cours de la Somme, ils sont dans le coin à droite de la pièce du fond à droite au bout du couloir, après les VHS, juste avant l’escalier. Dans cette petite salle : luminaires, suspensions, abats-jours, friteuses, transistor, appareils ménagers et les 33 et 45 tours. Moquette délavée. Poussière. Éclairage néon écologique : un peu blanchâtre.
Un trajet Aéroport – Centre Ville – Aéroport est un voyage dans le voyage, un aller-retour 2, au carré. Le mieux, c’est quand Aéroport et Centre ville sont chacun des terminus. Ça pose, deux, là. J’aime. Un trajet qui sonne en écho à quelques jours d’intervalle. Même si l’itinéraire ou le mode de transport est différent, c’est un moment / trajet qui existe précisément par rapport à un autre. Une sorte de théorème urbain de la boucle.
A l’aller, je viens d’arriver.
Au retour, je suis sur le départ.
Explorons ensemble les richesses créatives musicales d’hier et d’hier. Ce qui est beau dans la musique, c’est la rencontre des disciplines… A chaque nouille sa sauce, l’orthographe pour l’une, l’art contemporain pour l’autre. Ce sera à vous de départager.
Round tou
Pourquoi « D.I.S.C.O » d’Ottawan (Camille)
Avec Ottawan, t’es OK, t’es bath, t’es in et pis c’est tout. Ça te pose un décor fluorescent, effervescent. Tu te trémousses sur la piste de danse en formica orange et vert et tu bois un rhum coca (pas light). D.I.S.C.O, c’est aussi la conjugaison impossible avec la langue française : ils arrivent quand même à nous faire croire que le « I » de DISCO, ça fait « Hystérique » et « Hyper Belle ». A croire qu’ils étaient sous H à l’écriture. Et je sais que cette chanson, dès que tu la fredonnes, juste quand elle a commencé à te rentrer dans le cerveau, elle te reste pour la journée : sous la douche, au cabinet, à vélo,au fourneau. Partout, tout le temps, longtemps.
Pourquoi « Les autres sont jaloux » de Yianna Katsoulos (Méline)
Parce qu’on croit ne pas s’en souvenir, et qu’on se trompe forcément si on est né avant 81. C’est le fameux syndrome « ah-mais-si-attends-olala », phénomène cérébral qu’un neurologue est sans doute capable d’expliquer, mais pas moi. Parce que je trouve ce clip à la fois très daté et indémodable, hors du temps, plein de bon goût et de simplicité, de la fringue à la photo en passant par le montage. C’est probablement parce qu’il sent bon le second degré, seule chose qui ne vieillit jamais. Je me demande ce qu’il se passerait si on nous le resservait aujourd’hui à la FIAC… Et pour finir, parce que je parie MA paire d’escarpins dorés millésime 86 que ça va vous coller à la tête plus longtemps que l’autre.
Explorons ensemble les richesses créatives musicales d’hier et d’hier. Ce qui est beau dans la musique, c’est la rencontre des disciplines… A chaque nouille sa sauce, le foot pour l’une, la poof pour l’autre. Ce sera à vous de juger.
Battle One.
Pourquoi « We’ve got a feeling » (Camille)
En souvenir de la coupe mulet de Waddle, un « must hair » des années 88. Pour le cliché colonialaux-bananiesque sur Basile, joueur que j’adorais (buteur de la finale quand même). Parce que je suis sûre que ce morceau est à l’origine de Saga Africa, Basile dit « Saga Dance ». Parce qu’on dirait un gros powerpoint animé et que les grosses bouches, elles font penser à autre chose. Et que je kiffe l’OM depuis Goethals.
Pourquoi « Aujourd’hui plus qu’hier… et bien moins que demain », par Sophie Favier (Méline)
Pour les paroles, qui annoncent d’entrée « ces mots-là sont trop forts » et tiennent leurs promesses avec « tu te brûles à mes reins » et autres « punis-moi plus encore ». Pour le scénario tendu du clip, qui fait monter la tension du slip jusqu’à ce que la nudité de Sophie nous brûle les yeux – mais tu peux démarrer la vidéo directement à 1’30. Pour l’allégorie du coït subtilement suggérée par un bourrin en sueur se martelant le pelvis sur le flipper dans lequel la belle se dénude, mutine. Pour la coupe de cheveux du coiffeur de Sophie, qu’on a à peine le temps d’admirer mais qui vaut bien celle de Waddle. Parce qu’elle chante « aujourd’hui, plus d’cuillère » d’un bout à l’autre. Je crois que j’ai gagné?
(pour les plus littéraires d’entre vous, les paroles sont là:)
A l’improviste, il trébuche et tombe pesamment.
« A nous deux, cette fois, mon ami! »
Mais il s’agit d’un truc, dès que Jenifer se découvre pour s’approcher…
L’homme tire… La balle ne la blesse pas heureusement, mais elle l’a désarmé…
« Ah! quelle déveine
-Tu es fichue, idiote! »
Jenifer est espionne et blonde, elle a un prénom américain et elle va tuer ce méchant monsieur qui la traite d’idiote.
Jenifer est l’héroïne d’un roman photo de janvier 1975, Requiem pour un espion, publié par Edital. Comme quasiment tous les acteurs de roman photo, elle est italienne, elle est belle, elle a des beaux seins et peut-être un beau derrière, mais on ne le voit pas assez souvent pour en juger. Elle est une star, un peu comme Gina Lolobridgida, première héroïne du premier roman photo paru en France : « Au fond du Coeur », 1949.
En 1875, Alfred-Louis Auguste Franklin, historien de la ville de Paris, imaginait sa découverte archéologique en 4908, longtemps après un cataclysme. La Marine Impériale Calédonienne est la première à aborder les côtes de ce qui fut autrefois la France. Ce petit morceau m’a particulièrement fait sourire: si les paysages ont changé, les indigènes sont restés les mêmes. Les mêmes qu’en 1875… et les mêmes qu’en 2010.
Les natures modestes rêvent de posséder une humble position publique, qui leur livre au moins quelques subalternes à régenter; mais tous, même les plus misérables et les plus ignorants, se croient parfaitement aptes à régir la tribu, parlent à tort et à travers des affaires de la cité, émettent des idées, des théories, des principes aussi insensés que disparates, et, ne les voyant pas adoptés, vivent dans un perpétuel état de mécontentement politique, qui, du reste, n’enlève rien à leur bonne humeur.
Ca s’appelle « Les ruines de Paris en 4908″.
Si vous avez envie de lire le reste, tout aussi savoureux et plein de finesse, vous pouvez le demander à votre libraire chéri, ou bien ou le tromper honteusement en commandant directement auprès du diffuseur préféré de l’Arbre Vengeur – l’éditeur qui cache la forêt et qui exhume tellement de petits trésors qu’à la fin, c’en est énervant.
Les têtes de Delco prennent d’assaut le Garage Moderne du 7 au 23 mai !
Ces garagistes d’arts inventent, trifouillent, réparent, fabriquent, dépannent, bricolent des prototypes insolites.
De la mécanique à la peinture, de la vidéo au cambouis, de l’arrach’ au plan éclaté ; de l’atelier à l’installation, du rock à la durite, il n’y a qu’un pas à franchir pour les découvrir !
Les2nouilles vous donnent rendez-vous ce vendredi 7 mai à 19h au Garage Moderne pour le vernissage de l’expo ! (ça va être chouette)
Pour venir au Garage Moderne,
1 rue des étrangers (quartier Bacalan)
BORDEAUX – Tél : 05.56.50.91.33
C’est la découverte du matin grâce à @n_Aya (+ son site). Batty, Space invaders, Donkey, Tetris, ils sont tous là et prennent New York comme terrain de jeu.. Disons que je viens tout juste de m’acheter une revue sur l’histoire du retro-gaming, c’est comme de par hasard…
(Pour voir la vidéo encore meilleure en HD et en savoir plus sur ses concepteurs, c’est par là.)
à vous la passerole