J’avais un caméscope à cassette 8mm. J’ai filmé mon frère faisant la roue, le chat qui dort, les nuages, les murs, la moquette beige mouchetée, les plafonds en lambris. J’oubliais trop souvent que je tenais un caméscope. Quand je cadrais, par hasard, sur la télé ou l’écran de l’ordinateur, l’image se répétait à l’infini. L’image de l’image, l’écran dans l’écran, l’image de l’écran dans l’écran de l’image… J’aimais bien.
Il pleut.
Combien de fois une image peut-elle être (re)prise en photo ? Combien de temps cette image conserve son sens, ses contrastes, sa matière ? Combien d’écrans peuvent se superposer ?
Je me demande.
Il pleut.
Je me suis amusée. Je suis partie d’une vieille photo : la sunbeam de la famille, 1971. Tirage Kodak, en papier mat. Je l’ai prise et (re)prise en photo, avec instagram, avec ma webcam, avec mon appareil photo, avec l’iphone. J’ai photographié les écrans qui restituaient l’image, j’ai superposé dans le viseur de la webcam, l’écran de l’iphone et l’écran de l’appareil photo pour faire une nouvelle image. J’ai même scanné l’écran de l’appareil photo. J’ai pris en photo la PJ d’un mail. L’image se décadre, se recadre, trouve un nouveau cadre. Les textures changent vite, des informations apparaissent sur l’image, l’image s’inverse et s’efface de plus en plus. Je suis arrivée à 2 séries : une noir et blanc, l’autre tout en pixel saturé.
Je certifie n’avoir jamais utilisé Photoshop (de toute façon je ne sais pas m’en servir).
Il pleut encore.

Sunbeam, 1971









à vous la passerole