[Streetrevue #10]
J’aime bien changer le dentifrice de place. Rompre avec mes automatismes. Chercher le dentifrice.
Je fais pareil avec les itinéraires de mon quotidien. J’emprunte de nouvelles rues.
Ces derniers jours furent un régal.
Merci les madame et monsieur de l’art de rue de Bordeaux.
On appelle cette région « les skyblogs ». Un continent noir, très peu cartographié, peuplé de pygmées aux mœurs primitives. Ils seraient plus de 5 millions (mais personne n’en est certain car leur administration a la particularité de recenser les tombes). Leurs dieux ont pour nom Zac Efron, Justin Bieber, Shakira. Leur devise « click sur les kiffs c’est rendu » est l’équivalent de notre « liberté, égalité, fraternité ».
Les skybloggers sont tolérés en visite dans d’autres régions du web, car ils en divertissent les bourgeois. On s’échange de bonnes blagues à propos de leur physique difficile, de leurs peintures corporelles hésitantes, du soin accordé à leurs coiffes, de leur goût pour les fresques tape-à-l’œil, et surtout de leur patois rudimentaire dérivé du franglais, riche en idéogrammes anthropomorphes destinés à exprimer les émotions. Tout comme les Grecs ont autrefois appelé « barbares » ceux dont ils ne comprenaient pas la langue, leur babil a produit le surnom de «kikoolol ». (ex : « toi le kikoolol, dégage de mon twitter, ici c’est pour les grands »).
Au Kikoololistan, comme dans toute société primitive, les contes, légendes et superstitions sont au cœur de la vie sociale. De nombreux bardes femelles (plus rarement des mâles) déploient tout leur talent dans l’écriture de récits épiques à la gloire du Dieu des Dieux, du Jupiter du Brushing, de l’Huitzilopochtli du Labello : Justin Bieber. J’ai passé un week-end dans les chroniques mythologiques de cet autre monde. Et j’ai voyagé, oh. Ça oui.
« Sara perche ti amo », « Sei l’amore della mia vita », « Sei tutto per me », « Il mio cuore è a te » et le fameux « Ti amo »… Ça, c’est l’amour en Italien. En Italie du Sud, ils ont plus que des chansons d’amour aux regards brûlant d’intensité, ils ont aussi leur ville. Murs, poteaux, wagons, statues, barrières, chaises, panneaux, trottoirs : l’amour se déclare partout.
Collaboratif, simple et marrant: chouette initiative que ce « blog à mille mains » qui nous propose des ateliers d’écriture à partir de photos choisies. J’ai joué… A vous?
by Robert Lubanski
Je serre fort la poignée de la valise, je ne sens plus mes orteils, ces fringues en lycra me boudinent, je respire mal. Je sais qu’il fait la mise au point sur mon cul et ça me fait sourire.
Il a dit « je veux te montrer, toi, de dos, au centre de chaque photo. Tu les feras tous bander, Vincent. »
à vous la passerole