Le ruban d’argent
Mercredi, en fin d’après-midi, un homme s’amusait avec 9 ballons jaunes. Attachés les uns aux autres avec une corde rouge, ils formaient un drôle de cerf-volant dans le ciel de la place de la Victoire. Jeudi midi, c’est une drôle d’installation qui se dressait sur une diagonale de 20 mètres. Un ruban d’argent (pas du papier d’alu, c’était beaucoup plus fin) reliait 2 lampadaires de la place : comme du Christo mais qui tentait d’emballer le vent.
Il soufflait fort ce jeudi. J’ai toujours aimé écouter le vent dans les pins. A Bordeaux, je n’entends pas beaucoup le vent. La ville est très minéral. Avec ce ruban, le vent prenait tout à coup sa place, il devenait soudain présent et visible. Tout d’argent vêtu. Ça claquait, c’était strident, assez désagréable parfois. Les nuages et le soleil s’y reflétaient. J’ai trouvé que c’était beau.
Je me suis demandée qui du lampadaire, qui du ruban, cèderait en premier. Du coup, je suis restée.
Les passants jetaient un œil furtif, le menton coincé dans l’écharpe, ils continuaient leurs discussions et traversaient la place. Certains s’arrêtaient et cherchaient la/le responsable : ils portaient alors leurs regards au pied des lampadaires. Personne. D’autres, accrochés à leur portable, n’y prêtaient aucune attention. Et puis, soudain, ça a lâché. #Schlak
C’était encore plus beau. Anarchique, chaotique, le ruban glissait sur les pares-brises, il volait haut dans le ciel, il retombait, il dessinait. #GRS #Abyss
Il s’est déchiré mais le vent a continué à faire du bruit.
J’ai dû partir pour ne pas être trop en retard. Le soir, il n’y avait plus aucune trace.
J’ai gardé un petit bout du ruban dans mon sac, il fait du bruit quand je cherche mes clés.

Ce que tu es poétique Camille… c’est vrai qu’une fois cassé c’est encore plus beau, anarchique, chaotique… très beau !
Hahaha, merci d’être resté, c’est bien sympa à voir.
Ce matin là, il se dit « Il est grand temps de rallumer les étoiles » (Apollinaire)et il décide d’installer un grand tuyau argenté avec de l’air de l’océan et quelques épines de pin…un moment de poésie, une tout petit quelque chose au fond d’un sac qui nous parle d’humanité.
Il est parfois sidérant de voir l’indifférence des gens alors qu’un spectacle s’offre à eux et qu’il suffirait de se poser (le regard et le reste) pour l’apprécier.
Il est toujours sidérant de voir la courbe d’un ruban épouser celle des nuages.
Merci pour ce spectacle.
je connaissais pas ton blog, je crois que je suis fan!
bises
Ahah, ça fait plaisir