Avignon Off 2010 : un festival de confessions intimes
Après 3 ou 4 jours de plongée dans la fiction du matin au soir, le retour à la réalité fut un peu raide… En Avignon, on a vécu beaucoup d’émotions, et on s’est posé beaucoup de questions. L’an dernier, c’était sur le thème des origines, de la terre, de la nationalité, de l’histoire individuelle au milieu de l’histoire des peuples. Cette année, sur les 13 pièces auxquelles nous avons assisté, plus de la moitié étaient des récits de vies sans Histoire, des « autofictions » comme on dit à la rentrée littéraire. Combien de « récits désopilants d’une enfance banale », de « tribulations d’un homme comme les autres balloté entre les femmes de sa vie », d’« histoires d’amour ordinaires », de « récits de l’intime » étaient au programme ? Est-ce la tendance de la création ou est-ce nous qui sommes allées surtout vers ces thèmes? L’amour, les relations familiales, le souvenir d’enfance, l’histoire personnelle : autant d’auteurs, autant d’acteurs, autant de regards et de créations uniques. Petit tour de nos 13 étapes en « Off ».
C’est la version musulmane des Monologues du Vagin, réalisée aux Pays Bas à partir des témoignages de femmes issues de tous pays, partageant la même culture islamique. Bien loin des préjugés, elles évoquent une sensualité brûlante et entière, parlent avec gourmandise du regard des hommes qui réveille le désir en violant la pudeur, de la jouissance dans l’amour, mais aussi du culte de la virginité, des mutilations, de la danse, de l’homosexualité. On s’est dit que la liberté sexuelle n’est pas forcément là où l’on croit et que le plaisir est décidément loin d’être un concept judéo-chrétien.
Albertine Sarrazin, de l’autre côté du chronomètre
Un drôle de théâtre vertical, qui raconte en apesanteur la vie, l’œuvre, les fuites et les chutes d’Albertine Sarrazin. L’auteur de « L’Astragale », femme en cavale, était rebelle à tout sauf à son grand amour, qu’évoquent avec puissance et poésie deux formidables comédiens issus du cirque dans une mise en scène étonnante. Ca vole, ça grimpe, ça tombe, ça plane, c’est du théâtre hors sol, on a adoré.
Et pendant ce temps là les araignées tricotent des pulls autour de nos bilboquets
Alors oui, voilà « encore une trentenaire nombriliste qui raconte les mémoires futiles d’une enfance favorisée à la française». Mais c’est drôle, tendre, incisif, intelligent, et évidemment jubilatoire pour d’autres trentenaires nombrilistes à la française qui se la racontent sur un blog… Raphaële Moussafir, géniale, seule en scène, incarne un nombre dingue de personnages avec une justesse et une énergie qui nous ont collées au siège. Si vous n’y allez pas, lisez le texte à l’origine du spectacle, c’est du garanti bonheur de nouilles!
Un privé à Babylone (avec Romane Bohringer)
Bon. On a pris nos places à cause de la tête d’affiche, qu’on aime beaucoup, qui est une formidable comédienne et tout ça. C’est (je crois, mais j’ai beaucoup dormi) l’histoire d’un détective américain looser, façon fleuve noir, qui se raconte des histoires de détective flamboyant dans un Babylone imaginaire. Il semble que des gens ont beaucoup apprécié dans le public, et c’est toujours une formidable comédienne, certes voilà. Bon.
4 secrets saurez-vous garder le vôtre?
On avait envie de voir de la magie et on n’a pas été déçues par ce spectacle très cabaret. Un mentaliste fait le show en lisant dans les pensées, le public participe, c’est bien mis en scène avec une histoire qui tient debout, et on passe évidemment les trois heures qui suivent à se demander « comment il a fait ça ? ». Ca marche, ça détend, c’est très sympa, ça n’aura pas de Molière et on s’en fout.
Fatrasie (par la compagnie « les épis noirs »)
Pétard, quel bonheur ! Une valse en textes et en chansons dans les souvenirs de Louis Leroy, de femme de sa vie en femme de sa vie, de délires en tendresses, de danses africaines en radio-crochets, de majorettes en grenouilles… C’est absolument impossible à raconter, toujours poétique, jamais stupide. Sur scène il y a 2 hommes, 4 femmes épatantes et un plancher de bal qui nous ont fait rire aux éclats, pleurer à chaudes larmes, puis applaudir debout. Allez y, ou surveillez les dates près de chez vous, mais ne ratez pas une telle occasion d’être heureux…
Une pièce rodée, avec une très jolie mise en scène et des très jolis comédiens épatants. Cette très jolie histoire d’amour d’une vielle femme lumineuse et d’un jeune homme sombre n’est pas très plausible, mais c’est comme un très joli conte, avec de très jolis messages et de très jolis moments. Chaudement recommandé aux amateurs de très joli.
Avis de nouilles partagés sur cette pièce, l’une avait déjà vu le film et connaissait l’histoire, l’autre pas. On y raconte un amour entre adolescents dans une cité anglaise un peu rude, les comédiens sont bons, c’est tendre, souvent marrant, dérangeant pour certains, moraliste pour d’autres… Ce fut un agréable moment, mais effectivement, ça donne envie de le revoir en VO.
Une fanfare acrobatique transposée dans l’univers nationaliste de l’après guerre de 14, avec de chouettes costumes, beaucoup de cuivres et une très belle affiche. Y’en a une qui a bien aimé, et l’autre à qui ça a violemment cassé les nouilles. Mais vraiment.
Oh oui oh oui, je me souviens combien c’était bien ! Jérôme Rouger, l’auteur et acteur qui se souvient, est né à Terves. Dans les Deux-Sèvres. Si tu sais pas où c’est, il a préparé un Power Point, il va t’expliquer Terves, le club de foot et la boulangère, avec les vrais noms et tout, parce qu’il n’a peur de rien, même si ça épouvante sa mère qu’il n’ait aucun respect pour les gens sous prétexte que « le théâtre ». A Terves, il ne se passe rien, ou bien tout, Terves est nulle part ou centre du monde, peu importe, car ce solo de Air Guitar, on s’en souviendra.
Toute l’histoire de l’indépendance de l’Algérie se raconte en filigrane des retrouvailles tardives de deux enfants de là bas qui s’aimaient à l’époque et on ne sait pas si elle va rester ou repartir, s’il va la suivre ou rester, gnagna, et à la fin on sait, et puis voilà. Mise en scène bavarde de minimalisme, textes un peu ampoulés, silences grandiloquents, travail d’acteur apparent, y’a des amateurs pour ça, mais pas les nouilles.
Polalaaa. Ce VOYAGE qu’on a fait sur les ailes du rire et de la poésie… A l’atterrissage, une petite larme pour vider le trop plein d’émotions, et on repart en chantant, et enchantées que le monde porte un talent comme celui de Marie-Elisabeth Cornet, clown, qui grandguignolle son histoire personnelle pour notre joie… Merci à ses nombreux parents, à Félicité et à tous les autres d’avoir permis à ce concept de nous rejoindre.
Deux femmes clowns et des centaines de livres nous jouent à la fois une farce naïve et une fable profonde. C’est précis, esthétique, drôle, intelligent, c’était notre dernier spectacle et il nous a laissé, tout en douceur, repartir sur le nuage de bonheurs simples de ce festival off. Non, cette année, on n’a pas fait dans le théâââââtre… Mais il en faut, du talent et du travail, pour donner tant de joie.
Entre autres, on avait aussi sélectionné, au flair arbitraire :
Le jeu de la mémoire
Lonely Planet
L’enfant et le rire du diable
Les nuages retournent à la maison
La ferme aux concombres
Loop me
Le journal de Jules Renard
La véritable histoire de Vincent Van Gogh
Peut être que c’est bien, ou peut être pas…
Des bisous à tous les veinards qui y sont encore, et un grand merci à tous ceux qui ont travaillé à nous offrir ces spectacles. Les Nouilles.
Les 2 nouilles ont aussi envie de vous dire :


On oublie « Le sexe pour les Nuls », « elle voit des nains partout » ou « Full metal Molière », soit notre pulsion de se faire une pièce au titre et à l’affiche improbables..
Merci, je vas suivre vos conseils
Ah ben je vous retrouve là
Merci pour les critiques! J’avais mis « Et pendant ce temps là les araignées tricotent des pulls autour de nos bilboquets » et 1962 dans ma preselection (eh oui j’ai commandé le catalogue du off avant d’aller à Avignon, pour pouvoir l’éplucher dans la semaine avant mon départ
. Je sais donc que j’irais voir la première, mais sans doute pas la seconde de ces pièces
Elle voit des nains partout, c’est pas une reprise d’une pièce des années 90 ??? Ce titre me dit quelquechose… ou alors c’est l’éviction de Passe-temps de Fort Boyard qui ne passe pas.
Merci les filles pour ce guide, qui nous a été très utile : Fatrasie, en effet, une merveille ! A recommander chaudement , cette équpe a la pêche, et il nous la communique, ju bi la toi re !
Bonne fin de festival à tous
merci car à travers ces commentaires j’ai pu revivre tous ces moments forts, que du bonheur et vivement le prochain cru.
[...] Pierre Lericq se joue à 10h30 au théâtre des béliers, pendant le off d’Avignon. Nous vous en avons déjà parlé, c’est un spectacle qui nous a éblouies, réveillé les zigomettes, pincé le coeur, tiré [...]
bonjour je ressors du festival ou nous avons vu hier 4 pièces ; ressortent du lot un duo extraordinaire dans « les loupiotes de la ville » qui vaut une standing ovation mais aussi « magiciens tout est ecrit » avec un humour décalé vraiment marrant !! pièces à succès donc bcp de monde !!!
Salut Patrice, « Magiciens, tout est écrit », nous l’avons vu en 2009 : c’est vrai que c’est très sympa. Pour l’autre, c’est râpé, nous ne sommes plus à Avignon.. Merci pour votre commentaire !
De retour du Off, les coups de coeur que nous avons vu Tartuffe en comedia del arte, Oh my god (pour ceux qui aiment les flash back cinématographiques), Magiciens tout est ecrit excellent, et Carmensietas au chene noir sur la vie des ouvrières de la manufacture des tabacs à Marseille : emotion et découverte. Mais on ne peut pas tout voir…….a l’année prochaine.