— LES2NOUILLES

Le off, c’est in

Comme chaque année, le Festival In d’Avignon accueille des invités prestigieux : Olivier Cadiot, Christoph Marthaler, Ariane Ascaride… Va y avoir du Shakespeare, du Musil, du Kafka, du Ionesco, du Brecht… Que du grand. Mais, en fait, on s’en fout.

Le In, ce n’est pas pour les 2 nouilles. Nous, c’est le Off. Être au premier rang dans un tout petit théâtre, voir le comédien trembler, discuter au hasard avec les artistes dans la rue, découvrir des textes, rencontrer les auteurs. La nouille aime. Du 8 au 31 juillet, plus de 1 000 spectacles sont joués dans des dizaines de théâtres. Comment une nouille réussit-elle son festival ?


1 : La nouille anticipe
Tout du moins, au mois de mars : réservation des chambres d’hôtel obligatoire pour être sûre d’être en pleine ville, à 2 pas de tout. D’une année sur l’autre, nous prenons nos habitudes, nous, c’est au Splendid, ça ne s’invente pas ! A côté de la Gare et de la belle place des Corps Saints, un petit bonheur. Ce qui est chouette, c’est qu’en pleines giboulées, tu t’imagines sous les platanes, en terrasse, avec les cigales qui font Tsss Tsss Tsss. Ou Ksss Ksss Ksss. Bref, il faut rester au moins 3 jours pour réellement profiter du festival.

2 : La nouille s’installe en terrasse, sous les platanes
Moment magique du festival : (il fait toujours beau quand la nouille est au festival) autour de la table, tout le monde feuillette son catalogue, entoure, rature, corne les pages. Ensuite, confrontation des choix : arguments, contre-arguments, 1 pastis, thèse, antithèse, 2 pastis, ça discute sévère, ça téléphone pour réserver, olives. Un catalogue papier (plus de 200 pages, gratuit sur place, payant par envoi postal) ou l’application iPhone (la nouveauté de cette année, payante 0,79 euros) permettent de connaître tout le programme. Pour chaque théâtre, il peut y avoir 10 représentations par jour : les spectacles s’enchaînent de 10h à minuit. Chacun dure environ 1h10 et coûte entre 10 et 15 euros. Avec le Pass Festival, 30% de réduction sur tous les spectacles. Une vraie nouille achète le Pass, à chaque fois, à l’Office de Tourisme: photo minute à la webcam, sésame plastifié, et direction les platanes à pastis.

3 : La nouille a le feeling
Elle accroche sur un résumé, aime une affiche, rigole d’un titre, apprécie l’auteur, connaît la troupe (beaucoup plus rare). Elle présélectionne sur des détails anodins, futiles, ou alors elle se dit que si France Inter a adoré, faut y aller. Alors que parfois, non. « L’histoire du communisme racontée pour des malades mentaux », par exemple, ça sentait le super combo titre/affiche/france inter/succès l’année dernière. Bilan: une nouille en coma profond, l’autre couverte d’urticaire, vraiment, y’a pas de critères.

4 : La nouille connaît les lieux
Certains théâtres assurent une programmation de grande qualité. Le théâtre des Doms, la Chapelle du verbe incarné, la Manufacture, l’îlot Chapiteau, le théâtre des Béliers, le Chêne Noir, le Petit Chien font partie de ces salles où il faut obligatoirement tout éplucher. Il y en a d’autres bien sûr, mais ce sont un peu les chouchous. Toutes les nouilles ont vécu des moments formidables grâce à eux.

5 : La nouille sérendipite dans la rue : elle se fie au hasard
Tout au long du Off, les artistes assurent leur promotion avec la « Grande Parade » chaque jour, à 17h. C’est un défilé de déguisements, d’extraits de pièces joués dans la rue, de discussions avec les comédiens. Cette proximité est unique. A tous les moments de la journée, il se passe quelque chose autour d’une nouille : une chorale pousse la chansonnette, un d’Artagnan croise l’épée, un humoriste joue un sketch, un monsieur avec son accordéon a l’air trop sympa, et puis ça se voit qu’il a personne, quand même est gentil, il nous fait moitié prix on y va? Mais t’es nouille… Des fois, des places gratuites sont offertes, surtout au début du festival pour remplir les salles et alimenter un futur buzz (tu penses, la nouille est reconnue). Le monsieur avec son accordéon, c’était pas mal, grâce à lui les nouilles savent que Noëlle Renaude c’est drôlement bien.

6 : La nouille écoute l’Autre
Le Off, c’est du bouche à oreille, pour de vrai. La nouille saisit les phrases, les commentaires des passants -le twitt est encore peu répandu-, elle discute avec ses voisins de table, échange dans une file d’attente, elle écoute une personne qui l’arrête dans la rue, se demande de quelle pièce sort Pierre Arditi, s’il se serait pas fait lifter les paupières. Certains sortent tellement enchantés par un spectacle qu’ils en font la « promotion » auprès des autres spectateurs. Les nouilles aussi, elles embarquent des flyers et supplient leurs voisins de pastis d’y aller, quand c’est bien. Peut être même que deux personnes l’ont fait, l’année dernière – en tout cas elles avaient promis.

7 : La nouille planifie
Et oui, pour assister à 4 ou 5 pièces par jour (le Off se consomme sans aucune modération), la nouille s’organise. Certaines pièces se jouent en même temps, donc, elle fait des choix. En général, la nouille appelle les théâtres pour réserver les places, mais pas pour toutes, pas à chaque fois, il faut laisser de la place pour l’imprévu. Selon la période à laquelle la nouille vient, certaines pièces sont complètes, il faut se renseigner, imprévoir le prévu et inversement.

Ainsi va la nouille pendant le Off.
Toutes les nouilles partent mercredi pour l’ouverture, jeudi 8 juillet
. Ça aussi, c’est un moment magique : le premier jour du Off, le premier spectacle à 11h, la première représentation pour le(s) comédien(s). La ville commence à s’animer, les compagnies accrochent leurs affiches aux grilles, aux arbres, aux lampadaires, les restaurateurs ont le sourire, il fait beau et les cigales chantent. TKsss.

Les 2 nouilles ont aussi envie de vous dire :

  1. In da avignon off place
  2. Diogène « Atome » Ntarindwa, merci pour « Carte d’identité »
  3. Battle de poésie
12 comments
  1. Hubert Brognard says: 6 juillet 201013 h 48 min

    Bonjour,

    Moi aussi je suis à Avignon. Mais pas pour le Festival. Hélas, pas de répit pour les braves, ma patronne Nathalie Topalov y organise un séminaire sur les enjeux politiques du monde de l’expertise comptable dans les PME en restructuration aux prémices de la post-crise. Je suis obligé d’y aller !

    Si seulement j’avais le temps d’aller voir un ou deux spectacles. Mais bon, comme elle aime à le répéter, l’erreur est à la porte ce que la chute est au verre. Si vite arrivée. Peut-être nous croiserons-nous dans les rues. Tout ce que vous me décrivez a l’air tellement magique que je pense que je me promènerais. Peut-être pourrais-je assister à la Parade de 17h.

    Vous me reconnaîtrez aisément, je porte une chemise et un pantalon orange.

    Bien nouillement vôtre, et bien le bravo pour votre blog. Si je ne devais pas sans cesse remplir des tableaux, je le lirais tout le temps !

    Hubert Brognard.

    P.S.: Retrouvez-moi sur Facebook si vous le souhaitez. Vous pourrez voir à quel point ma jolie voisine Clémentine est magnifique. La reine des fruits en personne. :) Hihi

  2. meline says: 6 juillet 201016 h 30 min

    Cher Hubert,

    Ca doit pas être facile de rester enfermé par ce joli temps, et avec toutes ces cigales dehors. On aime beaucoup l’expertise comptable et tout ce qui est management à la soviétique, mais il y a quand même un temps pour tout, et Nathalie Topalov serait bien inspirée d’apprendre à se détendre à l’américaine, façon Broadway. Dites-lui de notre part qu’un peu de Sinatra ne lui ferait pas de mal. Si deux filles se jettent sur votre chemise orange en poussant des petits cris, ce sera nous. Bon courage pour le séminaire, faites des étincelles, la bise à Clémentine.

    cordialement
    Les nouilles

  3. greg says: 7 juillet 20107 h 57 min

    Vous me faites envie avec vos vacances…
    On s’appelle vite :)

  4. Jérémy says: 8 juillet 201017 h 24 min

    J’espère que vous nous ferez un petit compte rendu des pièces à ne pas louper.

    Avignonais expatrié, je serais de passage le weekend du 16 et du 24 :)

  5. Methanie says: 13 juillet 201011 h 43 min

    Super je suis une nouille! En tout cas je me suis reconnue mot à mot dans cette attitude de festivalière à Avignon et je suis à 100% d’accord avec l’histoire du communisme que j’ai vu l’année dernière.
    J’y serais dans les derniers jours du festival, alors d’ici là j’attends vos critiques.

    • camille says: 13 juillet 201011 h 49 min

      Methanie,
      Nous préparons notre débrief 2010. Je peux te dire que nous avons vu des choses formidables et un ou deux loupés.
      Ahlala, les communistes, j’en ai un souvenir furieux, ça avait été un calvaire pour moi…

  6. PIerre says: 13 juillet 201016 h 15 min

    Allons Les nouilles ! N’hésitez plus, allez voir quelques pièces du In et vous pourrez voir le comédien trembler, discuter au hasard avec les artistes du In dans la rue, découvrir des textes, rencontrer les auteurs, participer à des lectures, voir de grandes pièces qui vous donnerons la chair de poule.
    Un clin d’œil amical à tous les aficionados du festival In *et* Off (Cf L.Terzief lors du dernier Molière)
    Bonne continuation et vagabondage rêveur

    • camille says: 14 juillet 201013 h 51 min

      Ah mais j’ai essayé : 3h de lecture de Dante, j’ai vécu l’enfer. Frigorifiée dans la cour des Papes, endormie par la litanie du grand comédien, je me suis échappée avant la fin, presque honteuse.
      Chaque année, je regarde le programme du In, grands auteurs, grands textes, grands comédiens… Peut-être un peu trop GRAND pour moi.. ou trop élitiste ? ou moi, trop populaire ?
      J’vais y réfléchir, promis

  7. Pierre says: 14 juillet 201020 h 36 min

    Ah ! Voila une position moins arrêtée et plus nuancée, moi aussi il m’est arrivé toute sorte de déconvenues au théâtre In , au Off, à l’Opéra … enfin a tout spectacle vivant qui s’expose et prend des risques, rien de dramatique et surtout l’assurance de temps à autre de tomber sur le pur diamant qui vous donne la chair de poule et les larmes au yeux de joie ou de chagrin. Bonne continuation.

    PS : Pensez au « Richard II » il se peut que cela soit très bien :)

    PS2 : en « vieille du festival » n’oubliez pas de prendre un vetement bien chaud dans la cour d’honneur, même la provence sait être froide certain soir d’été par jour de mistral.

  8. un festivalier says: 31 juillet 201113 h 14 min

    Un grand merci au 2 nouilles pour cette méthode du festivalier que j’ai mise en application en 2011.
    Théâtralement votre (comme dit l’autre)

    Amusant, certains sites de Wifi grand public (bibliothèque) bloquent cette page à cause de son titre et des 2

    • Camille says: 1 août 20119 h 09 min

      Cette année, la nouille s’est un peu faite avoir par les combos affiche/critique France Inter / Télérama / Le Parisien : disons que les critiques étaient un peu abusées…
      Je suis ravie que la méthode ait fonctionné !

  9. un festivalier says: 31 juillet 201113 h 14 min

    dernières syllabes inversées

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