— LES2NOUILLES

Les années collège et lycée des digital nativ

Les élèves d’aujourd’hui sont des digital native, ou natifs numériques. Le controversé Marc Prensky les a théorisés et décrits. Le digital nativ a une langue maternelle, le numérique. Le Digital Nativ pense hypertexte, interactivité, jeu. Il est connecté toute la journée : Facebook, téléphone portable, Google, les MP3, ordinateur.. C’est un peu sa maison. Il pratique intensément la sérendipité: le Digital Nativ est l’as du clic.

Nous pouvons donc légitimement penser qu’il maîtrise le web, qu’il a une conscience aiguë de son image, de son rapport « numérique » aux autres, qu’il contrôle les outils de SA génération.


Béné fait l’andouille au bord d’une piscine, sans doute pendant un cours de sport (?) et une copine l’enregistre avec son portable. Béné sait qu’elle est filmée. Ça ne dure que 11 secondes, c’est de mauvaise qualité et c’est sur youtube. 31 261 visionnages, 3 commentaires. Mille questions dans ma tête : Béné sait-elle que cette vidéo est en ligne ? Son amie lui a-t-elle demandé une autorisation ? Ont-elles réfléchi au contenu de ces images : une jeune fille dénudée dans une position évocatrice ? Ont-elles seulement réfléchi?

De clic en clic, j’ai découvert tout un monde sur youtube.fr : celui des élèves qui postent des dizaines, des centaines de vidéos en mauvaise qualité, toutes tournées avec un mobile, en classe. Scènes d’engueulade avec un prof, scènes de chahuts en cours, scènes de profs qui craquent, scènes d’élèves qui dorment… Les élèves filment et diffusent dans un même souffle. Comme si les distances (mais lesquelles pour eux?) n’existaient pas : ce qu’ils voient est public.

Certaines vidéos dévoilent des moments de réelles intimités, des instants de confiance volés et jetés en pâture aux commentaires (bourrés d’horribles fautes d’orthographe) des Autres. Le malaise va en grandissant. C’est une sensation de vol, voire de viol, qui surgit aux visionnages de ces vidéos. Viol d’une amitié, viol du respect, vol du privé.

Comme si personne ne leur avait expliqué. Comme si personne ne les avait prévenus. Comme s’ils ne comprenaient pas. Comme s’ils ne savaient pas. Et pourtant, à la lecture des commentaires, je constate qu’ils ont bien intégré une chose : ils ne peuvent pas divulguer le nom d’un prof, d’un lycée ou d’une classe.

A l’heure où Obama alerte les jeunes américains sur leurs profils Facebook et les photos qu’ils y postent, où les agences expliquent aux marques qu’il faut qu’elles apprennent à gérer leur e-réputation, il y a des gamins qui diffusent, avec naïveté ?, des contenus qui peuvent leur porter gravement préjudice.

Alors je me pose des questions : combien de professeurs évoquent avec leurs élèves les nouveaux enjeux de la vie privée/vie public sur Internet ? Combien sont capables de leur expliquer comment paramétrer la confidentialité d’un compte Facebook et surtout, pourquoi ? Les Digital Nativ seront-ils la génération oubliée de l’identité numérique ?




Un prof et un élève en viennent aux mains. Les commentaires associés à cette vidéo sont terrifiants, des prises à partie, des insultes, des fautes.


Vous pouvez aussi regarder celle-là, celle-ci, la salle de classe qui se met à dormir, l’opération autruche… Il y en a des centaines.

Les 2 nouilles ont aussi envie de vous dire :

  1. Brad a quitté Victoria qui aime Doug depuis le lycée qui a perdu son beau père adoptif, Devon, et Sharon kiffe Nick
  2. La fin des journaux : quelle information pour demain ?
  3. Twitter : le potlatch 2.0
9 comments
  1. disso says: 21 avril 20108 h 47 min

    Ils sont parfaitement au courant, tout ça leur est expliqué au CDI, en cours, etc etc. Ils savent aussi que ça finira sur Facebook ou Youtube ou sur un blog puisque quand ils le filment, c’est destiné à ça (et à être envoyé aux copains sur téléphone portable).
    Je pense qu’ils ne maîtrisent juste pas l’ampleur que peut prendre le phénomène, parce que le paramètre contre lequel personne ne peut rien, c’est qu’à cet âge-là, ce que dit un adulte pour eux n’a que peu de valeur. Ils écoutent (plus ou moins poliment) et pensent in petto « elle est bien mignonne la mère Machin, mais elle comprend rien à rien ».

    • camille says: 21 avril 201014 h 36 min

      Donc, pour un Digital Nativ, ce qui est filmé est forcément diffusé.

      C’est bien là une de mes grandes questions : pourquoi tout devrait être public ? Pour moi, il y a une confusion assez alarmante entre :
      vivre un moment
      filmer un moment
      le partager entre amis
      le rendre public

      Je trouve que c’est comme des « tournantes » d’images…

  2. Cyroul says: 21 avril 20109 h 20 min

    La plupart sont au courant que ces vidéos peuvent aller sur Youtube certes, mais c’est tout. Car comment pourraient-ils mesurer l’ampleur du préjudice d’une vidéo ?

    Ce ne sont guère que des enfants à l’imagination nourrie par la Star Ac, même si ils se prennent pour des adultes. La vidéo se confond alors avec un moyen de devenir célèbre et certainement pas d’être rejeté par leur sphère sociale.
    Eux aussi veulent leur 1/4 d’heure à la Warhol. Ils le veulent même plus qu’un adulte (leur corps et leur esprit se transforme).

    Je ne les excuse pas, mais je les comprends. Et je vois aussi que rien n’est mis en place pour les protéger de ces risques d’utilisation de contenus personnels (pourtant il a été rapide de légiférer sur le téléchargement illégal, étrange).

    Une fois de plus, le seul rempart reste les parents… Ils sont mal barrés.

  3. Dom says: 21 avril 20109 h 50 min

    Les parents aussi ont un rôle à jouer, comme d’expliquer à leurs enfants les risques, les précautions et la mémoire infinie du oueb.
    Plutôt que de s’abriter derrière un pseudo contrôle parental qui se lève en deux coups de clics à pot, mieux vaut savoir de quoi on parle, et le transmettre à ses enfants.
    Que les enseignants enseignent, mais que les éducateurs éduquent aussi.

    ces gosses sont de plus en plus jeunes à utiliser ces outils, de plus en plus inconscients aussi, il faut que les parents fassent leur propre MAJ s’ils veulent pouvoir guider leurs enfants.

    Il est normal d’évoquer cela à l’école, notamment d’un point de vue de la légalité, et des risques encourus, mais c’est à mon avis davantage aux parents d’apprendre à sa progéniture à ne pas considérer la télé réalité et secret story comme la seule valable.

    • camille says: 21 avril 201014 h 30 min

      Je suis tout à fait d’accord : les parents ont un grand rôle à jouer et le contrôle parental n’est pas une solution vraiment efficace.

      Dans ce billet, comme je parlais des vidéos tournées à l’école, je me demandais quel dialogue enclenchaient les profs avec leurs élèves. Car ils doivent bien les voir les téléphones dans les classes, ils doivent bien se rendre compte que les élèves filment, font « tourner » les vidéos et les diffusent..

  4. michel23 says: 21 avril 201014 h 53 min

    On est tout simplement en train d’apprendre que nous sommes plus que des êtres de chair et de sang, mais aussi des informations en bits… Bon ca fait un peu SF comme discours, mais c’est pourtant vrai, depuis quelques années une dimension virtuelle s’est ajoutée à nos identités.
    Pour en revenir à la question du post, je ne suis pas sur qu’il soit conscient de ce que diffusion sur internet signifie réellement…

  5. Muad says: 22 avril 201020 h 39 min

    Moi je pense qu’un jeune, par définition, c’est con. C’est pas une insulte gratuite, mais un jeune, ça manque forcément d’expérience, de recul, de vécu, de culture (pour cette dernière, c’est de pire en pire). On a tous été cons étant jeunes, et c’est normal. Si certains n’ont jamais été cons, je l’ai été pour eux.
    La technologie ne rend pas intelligent, elle permet juste de faire plus vite, plus facilement, et de partager plus rapidement. Elle permet donc à la jeunesse d’accéder à la connerie 2.0. On peut être con plus vite, plus facilement, et partager sa connerie sur le Net.
    Et c’est chouette.
    …Ou pas.
    Mais avec l’age, et donc l’expérience, ils apprendront à moins montrer leur cul et leur Q.I négatif à tous les passants…enfin j’espère.
    Je ne sais jamais comment on dit : on dit « il faut bien que jeunesse se fasse » ou « se passe »? Je manque de culture parfois, je suis resté très jeune quelque part…

  6. Gwénaelle says: 26 avril 20107 h 52 min

    Bonjour,
    Lorsque j’ai lu ce post la semaine dernière, il m’a interpelé. C’est un sujet qui me touche, ayant d’une part des enfants et d’autre part travaillant avec des ados.
    Je rebondis sur une des réponses comme quoi les parents sont aussi là pour montrer les limites. ma foi, c’est aussi notre rôle à partir du moment où nous mettons à disposition un outil qui leur permettent de se connecter 24h/24. De plus, sur la toile, il y a de plus en plus d’articles et même de jeux sur ce sujet (voir la journée du safer internet day).
    Et ce matin – c’est un peu pour ça que j’écris ce post – je tombe sur ce post, très intéressant d’ailleurs :
    http://owni.fr/2010/04/24/internet-et-les-jeunes-desole-ca-se-passe-plutot-bien/
    Concernant les contenus sur Youtube et flickr (entre autre), je trouve qu’il y a le même comportement initié par des adultes : combien de photos de vacances avec parfois des attitudes « un peu intime  » peut on trouver !
    Bon lundi !

    • camille says: 2 mai 201014 h 32 min

      Merci Gwénaelle pour le lien, je l’ai lu, effectivement c’est intéressant.
      La question est finalement la même pour tous (ados et parents) : quelle part de l’intime est à partager ?

Le vôtre