File d’attente
Le jean troué, la veste en cuir poisseuse, il a l’haleine lourde d’alcool. Il râle, il gueule. « Vous branlez rien. J’suis pas d’Bordeaux moi, j’vous emmerde ».
Malaise dans la file. Insultes.
L’attente est longue, la file s’allonge et le guichet de la Poste ne désemplit pas.
C’est son tour.
« Yves J*****, je suis SDF, je suis au Samu Social. Combien j’ai sur mon compte ?
- 1 euros 30
- Bon, je les prends
- Non, Monsieur, je ne peux pas vous les donner, vous savez
- Non, j’sais pas
- Il faut un minimum sur le compte
soupirs »
En sortant, je me suis dit qu’il était bien le seul à donner son nom pour se présenter à un guichet de la Poste. Une seule chose lui appartient encore : son identité.
Les 2 nouilles ont aussi envie de vous dire :

Moche (désolée, je ne sais pas quoi dire de plus).
Moche (merde quoi, on pouvait pas les lui filer ses 1 euro 30 ?)