— LES2NOUILLES

This is you! Check-in

Cela fait quelques semaines que j’utilise foursquare, le réseau de géolocalisation social qui fait bien du bruit : plus de 100 000 nouveaux utilisateurs inscrits pour la semaine du 10 au 17 mars. C’est ludique et facile : je me checkin grâce à l’appli, je deviens « mayor » d’un endroit, je gagne des badges assez loufoques pour certains (le « school night » : checkin après 3 heures du matin en semaine) et je peux même laisser des commentaires pour suggérer à mes amis d’aller à un endroit.
Capture statistiques foursquare
Les solutions marketing sont en train de naître et ont été bien décrites par Grégory dans sa présentation « Foursquare, quels usages business? ». Le marketing va entrer dans l’hyper-local, c’est chouette, c’est plein de promesses, j’aime bien. Néanmoins, je me pose des questions : jusqu’où suis-je prête à informer mes « amis » de mes faits et gestes ? Est-ce que j’accepte toutes les demandes d’amis ? Quel est l’intérêt pour une personne vivant à Lille de savoir que je suis en terrasse place Pey Berland ?

A la différence de Twitter et de Facebook, Foursquare (et les autres applications gowalla, dismoiou, plyce..) s’inscrit complètement dans mes mouvements : je dis où je suis à quel moment. Je ne dis pas ce que je pense, je ne twitte pas un lien, je me géolocalise. Par conséquent, je m’inscris dans un territoire, géographique, façon vue satellite. Ce partage en temps réel de mon environnement immédiat est quelque chose de complètement nouveau. En effet, je n’ai jamais envoyé un texto à tous mes amis pour leur dire que j’étais en train de boire un coup à tel comptoir. Avec Foursquare, il est possible de suivre mes déplacements à la journée, à la semaine. De plus, ma page est publique : tout le monde peut la consulter, pas de gestion de confidentialité. Je partage toujours plus de mon quotidien.

Le Center for Democracy and Technology nous alerte sur cette overdose de partage, ce « over sharing » qui permet de nous tracer grâce -entre autres- aux différents réseaux sociaux. Le CDT prend un exemple simple avec « please rob me » : en effet, quoi de plus simple pour un cambrioleur de suivre nos faits et gestes via foursquare and co pour s’introduire chez nous pendant notre absence ?

Il y a autre chose qui me tarabuste. Qui accepter comme ami ? Sur Facebook, je gère des niveaux de profils, de confidentialité ; sur Twitter, je lis les twitt des gens et je m’abonne ou pas. Mais avec Foursquare, c’est vraiment flou. La relation à l’autre est plus ambiguë. L’intérêt, il me semble, c’est d’inscrire une communauté dans une proximité géographique pour suggérer des lieux, donner un bon plan « géolocalisé ». Donc, je me dis qu’il est plus intéressant de privilégier des amis de ma ville. Mais même quelqu’un de ma ville, si je ne le connais pas, est-ce que j’ai envie qu’il sache que je suis à tel endroit à telle heure puis à tel autre après ? Ben pas vraiment en fait..
La géolocalisation pose ainsi la question de la distance entre les lieux, entre les gens : dans quel périmètre je souhaite m’inscrire ? Dans combien de périmètres ? Après tout, suivre quelqu’un qui vit à Paris me fera découvrir des lieux pour mon prochain weekend parisien.. Alors, quelle proximité avec qui ?

Je trouve que la géolocalisation a une dimension intime très forte, beaucoup plus forte que d’autres types d’échanges (lien, humeur, photo). Dans le fait de dire où je suis, je trouve que je franchis la sphère du privé : mon identité numérique entre potentiellement en relation directe avec mon identité physique. Les distances sont abolies et c’est vraiment la première fois que je le ressens. Les 2 univers s’interconnectent et interagissent.
Bien heureusement, je reste l’actrice de cette rencontre : je décide de ce que je publie, je décide si je mens (je peux me checkiner où je veux, autant de fois que je le veux). J’ai donc la liberté de me signaler ou pas, enfin, dans mon usage des réseaux sociaux. Je n’évoquerai pas ici les enjeux des caméras de surveillance dans la rue, des puces RFID et de toutes ces infos que nous dispersons plus ou moins sciemment chaque jour.

D’un côté, c’est assez effrayant de se dire que tout est partageable, tout est communiquable, tout est traçable. L’intime, après être devenu extime, devient une sorte de « cartotime » où la personne croise lieu-émotion-communauté en temps réel. Et de l’autre, c’est absolument fascinant de se dire que mobilité, cartographie, soi, s’imbriquent totalement, que les contenus se complètent et entrent en relation, en jeux, avec une communauté, avec une ville, un quartier. Les traces digitales laissées sur la toile prennent vie dans un espace réel, le contenu entre dans une architecture réelle, il se spacialise. Une carte vivante de contenus en déplacement permanent.

Les 400 millions d’utilisateurs de Facebook vont bientôt bénéficier d’un système de géolocalisation. Vues les difficultés pour chacun de gérer en toute clairvoyance la confidentialité de ses informations, je me dis que la géolocalisation va poser bien des questions… Et ce n’est qu’un début.

Les 2 nouilles ont aussi envie de vous dire :

  1. Je lappe suce
  2. Perdre tous mes Ko pendant le maillot.
  3. « Bibouchéri m’a encore sorti une perle »
17 comments
  1. michel23 says: 25 mars 201011 h 27 min

    Ha voilà un sujet que je trouve super intéressant. A force de réseaux sociaux et de nouvelles fonctionnalités web type foursquare, il va nous falloir redéfinir ce qu’est notre espace privé, car tous nous deviendrons des agents de communication… Ce changement est en train de commencer, mais je pense qu’il ne prendra vraiment son envol que lorsque la génération suivante, celle pour qui tous ces outils sont naturels, arrivera.
    Pour nous qui travaillons le net, c’est la communication sur ce media qu’il faudra repenser, Youpi :-) .

  2. Océane says: 25 mars 201011 h 42 min

    J’avoue avoir du mal avec certaines applications 2.0 comme Foursquare, dont je ne vois pas l’intérêt. Live twitter sa vie en permanence finalement, au delà des aspects de sécurité et de confidentialité, c’est s’empêcher de la vivre et trop la mettre en scène, un peu…

  3. Jungle Ju says: 25 mars 201013 h 37 min

    A l’heure actuelle, je dirais que tu ne choisis personne comme ami, puisque tous tes check-ins Foursquare sont repris sur Twitter, et que ta Time Line est publique. Tout le monde peut donc potentiellement savoir où tu es !

    • camille says: 25 mars 201015 h 34 min

      En fait il y a 2 niveaux : sur internet, ma timeline est publique, donc effectivement peu importe les « amis ». Quand tu es sur l’appli, tu vois en plus tes amis et leurs checkin, tu rentres donc dans une animation de communauté. Tu peux choisir de diffuser ou non l’info sur ton twitter, c’est au choix.

      Il paraît que Foursquare va compléter son offre avec une réelle gestion de confidentialité. A suivre..

  4. gigigan says: 25 mars 201014 h 16 min

    Aie! nous y voici, l’heure de la prise de conscience. Et pour l’instant la plus part des gens qui utilisent ce type de service le maîtrisent à peu près (options de confidentialité etc. – bien que de ce que je comprends la c’est pas vraiment possible dans 4sq que je n’ai personnellement pas testé)

    Bientôt les premiers pièges vont se refermer sur des utilisateurs non avertis, à-la « rob me » par exemple ou d’autre chose bien pire (filature de sa femme/maris/enfant/employé etc)
    Les dérives déjà possibles via twitter/facebook se voient multipliés avec une information aussi précise que la géolocalisation.
    Et que ce passera-t-il le jour ou vous oublierez de virer la notification automatique qui trahira votre profonde intimité ?
    D’autre part les marketeux vont tout avoir pour vous cibler de mieux en mieux et moi ça me casse les couilles.

    • camille says: 25 mars 201015 h 45 min

      Je pense que le public actuel de Foursquare, les adeptes de twitter, connaissent bien la gestion de sa e-réputation et de son « personnal branding ». Ils ont donc une bonne appréhension des enjeux de la géolocalisation.

      Je m’inquiète davantage pour les futurs utilisateurs en « masse » qui ne mesureront pas forcément les implications d’une telle fonctionnalité. Il y a un article intéressant sur les enjeux socio-culturels de la cartographie de la vie privée : http://www.ludigo.net/index.php?rub=4&dossier=3&focus=212864&doc=212884&fsize=2 . Les risques de surveillance sont bien réels (conjoint, collègue, amis…).

      Après pour le marketing, c’est toujours pareil : préférons-nous recevoir une pub qui n’a rien à voir avec nos goûts ou bien une pub qui « réponde » à notre profil? Une pub pour un maillot de foot homme, en gros je m’en fous :) Donc, je reste à l’écoute de ce marketing hyper-local qui me semble vraiment intéressant.

  5. greg says: 25 mars 201020 h 18 min

    Hyper intéressant ton post, tu poses effectivement les bonnes questions..pas simple d’y répondre pour le coup !!

  6. Daniel Gergès says: 25 mars 201022 h 50 min

    Très pertinent cet article !

    Je pense justement que si ce genre de fonctionnalité n’est pas encore dans Facebook c’est qu’ils se posent la question de comment gérer le coté vie privée que cela implique et à une plus grande échelle.

    Personnellement je pense que le problème de confidentialité/vie privée est un des deux trois gros problèmes qui reste à régler sur Internet aujourd’hui.

    Celui qui créera un service qui me permet de décider simplement quelle information j’expose à qui (et donc de gérer plusieurs identités comme ce qu’un enfant de trois ans arrive à faire en étant sage à l’école et survolté avec ses parents) remplacera probablement Facebook et Google.

  7. E_mmanuel says: 25 mars 201022 h 57 min

    Euh, est-ce que quelqu’un connaît fartsquare ? C’est une appli qui permet de bien géolocaliser et de façon très intime qui est un gros dégueulasse dans l’ascenseur. Surtout quand on n’est que deux dedans.

  8. Lo. says: 26 mars 201013 h 35 min

    Je ne sais pas ce qu’est fousquare, mais l’article m’en a donné une brève idée.
    Mais maintenant j’ai peur …
    Et comme j’aime l’adrénaline et que je suis curieuse je vais aller y jeter un œil. :)

    Mais c’est vrai que c’est un petit peu dommage de s’inquiéter de la question de l’intime et de la nouvelle notion de vie privée qui se développe qu’avec la géolocalisation.
    Enfin, on est tous coupable de cet exhibitionnisme virtuel et de cet engouement pour la communication creuse de masse…
    Qui pourrait jeter la pierre ?
    Certainement pas moi.

    Merci pour cet article. Très intéressant et qui donne à réfléchir.

    • camille says: 26 mars 201015 h 01 min

      Effectivement, difficile de jeter la pierre et je ne pense pas qu’il s’agisse d’accuser. Certains usages sont émergents, ils décalent les limites/frontières/passerelles du privé – public.
      Les premières questions de l’intimité ont été posées dès l’apparition des premiers blogs très souvent associés à du journal intime. C’est d’ailleurs à ce moment que l’extime a fait son apparition dans le vocabulaire web.
      La géolocalisation exacerbe et complexifie toutes ces questions :)

      Pour rebondir sur les questions, voici un passage intéressant d’une interview (de 2004) de Philippe Lejeune, grand théoricien de l’autobiographie en Europe :

      « L’écriture électronique apporte deux choses : d’abord un mode de lecture totalement nouveau, c’est la première fois qu’on peut lire le journal au rythme de l’écriture, ça n’a jamais existé avant. En général, quand vous lisez le journal de quelqu’un d’autre, vous lisez en bloc, après coup. Vous ne partagez pas l’ignorance de l’avenir qui est le propre de quelqu’un qui écrit un journal.

      Les journaux sur Internet sont écrits et mis en ligne, actualisés chaque jour ou tous les deux, trois jours, d’une manière très proche, et les lecteurs peuvent ainsi participer à la temporalité de l’écrit. Il y a donc un type d’implication dans la lecture qui est beaucoup plus fort.

      Ce journal est écrit pour être immédiatement lu. Et par conséquent, il y a une mise en scène, une théâtralisation de soi qui est beaucoup plus importante que dans les journaux écrits spontanément pour soi seul. On va se créer un rôle, un personnage, un style parce que le problème est tout de même de retenir des internautes, des lecteurs ; on entre immédiatement dans un univers de concurrence. Par exemple sur le site que je fréquente et qui s’appelle La Communauté des Écrits virtuels, 150 journaux sont en ligne… Pourquoi lire un journal plutôt qu’un autre ?  »

      Toute l’interview : http://www.fondationlaposte.org/article.php3?id_article=572

  9. Claire-M says: 8 avril 201021 h 03 min

    Très intéressant cet article !

    Alors, je voulais quand même te dire, hein, venant de Lille et t’ayant fait une demande « d’amitié » sur foursquare.. (oui je me suis sentie un peu conne en lisant le début de ton post…) ;)

    C’est clair, même si je suis bien contente pour toi de savoir que tu es en terrasse place Pey Berland, ça a assez peu d’intérêt… Mais bon, j’avais envie de tester le truc, et à ce moment là, j’avais peu de vrais amis de ma vraie vie sur fousquare…C’est tjs le cas d’ailleurs….

    Et puis aussi, quand je teste des nouveaux outils un peu intrusifs comme foursquare, j’aime bien pouvoir le faire « sans enjeu » ou en tout cas de manière plus virtuelle avec mes « autres amis » du monde virtuel…

    En tout cas, effectivement, faut attendre que ça se démocratise pour que tous les enjeux, que l’on pressent comme potentiellement énormes se dévoilent, se confirment ou s’infirment…

    Bon et sinon, ce soir… je suis chez moi ! :) mais je ne me checke pas.

    • camille says: 14 avril 201021 h 43 min

      Promis, quand je suis à Lille, je deviens ton amie en « vraie » et je checkine dans un bar en même temps que toi :)

      • Claire-M says: 22 avril 201022 h 32 min

        OK ! Avec plaisir ! :)

  10. Sanji says: 4 juin 201019 h 11 min

    Et bien pour ma part ces outils me fascinent. A tel point que je n’arrive pas à détacher les 3 meilleurs (pour moi) les uns des autres : Foursquare, Plyce, et Dismoiou.
    Pour l’instant j’en suis au jeu, et plus à l’utilitaire pour Dismoiou; on verra plus tard…

  11. Steph says: 24 novembre 201022 h 21 min

    J’ai un iphone &ère génération et en utilisant Foursquare, je ne peux récupérer aucun Mayorship, même ma maison ;) pourtant je tcheque tous les jours… Qqun sait d’où peut venir le problème ?
    Je dirais que c’est dû au fait que mon iPhone n’est pas 3G mais ???
    Merci d’avance pour vos réponses
    Steph

    • camille says: 28 novembre 201019 h 59 min

      Salut Steph, aucune idée du pourquoi du comment.. Peut-être qu’en tchéquant en république tchèque ça marchera mieux :) Sérieux, à mon avis, la 3G n’a rien à voir là-dedans.

Le vôtre