« Tous les suivants du monde devraient s’donner la main… »
Samedi dernier, c’était la journée « entretien immédiat » à la BNP. De 9h30 à 16h30, on pouvait se rendre sans rendez-vous à l’agence Opéra pour un entretien d’embauche de 10 minutes. Comme chez le coiffeur.

Mais quelle aubaine, alors qu’il est si difficile au chômeur moyen d’obtenir un entretien, de pouvoir passer la porte sans formalité ! Avoir enfin une chance de se vendre, de gagner la place, la chaise, l’ordinateur, les objectifs, le bulletin de salaire, le CDI sans lesquels on n’est personne. Tu veux survivre ? Sois plus motivé que ton voisin, et vite: y’en aura pas pour tout le monde.
Samedi il faisait froid. France Inter a traité brièvement le sujet dans son journal de 19h. Devant l’agence Opéra, il y avait eu la queue toute la journée pour le speed recrutement. Un gros tas de jeunes « motivés » qui frottaient sans doute leurs paumes pour avoir au moment « M » la poignée de main chaleureuse qui ferait la différence. Les recruteurs, confortables, expliquaient très professionnellement qu’en 10 minutes, on sait tout de suite à qui on a affaire : c’est la motivation qui prime, disait l’un, on voit ça à « l’œil qui pétille ».
Au début du sujet, j’ai pensé au casting de la Nouvelle Star, à ses files interminables de candidats à la gloire. Puis à mon grand père, à 14 ans, qui allait aux champs sans certitude, « se louer » à la journée pour les travaux agricoles. A la mention de « l’œil qui pétille », j’ai vu des images de foire aux bestiaux, de cheval à qui on regarde les gencives… d’esclave noir à qui l’on tâte le jarret. Mais on me dit souvent que j’exagère. C’est vrai qu’on n’en est plus là… On n’est plus des sauvages…
L’entretien d’embauche, c’est justement la quintessence de la civilisation : un dialogue constructif entre humains, qui va faire se rencontrer les besoins d’une entreprise et les qualités profondes d’une personne… La psychologie du travail est passée par là : oui, aujourd’hui, on a compris que « valoriser l’homme, c’est valoriser l’entreprise » . Il faut donc se monter unique, et pouvoir répondre du tac au tac à l’inévitable « pourquoi vous et pas un autre ? ». Ben oui, avoir besoin d’un travail, c’est ce qui fait lever la France chaque matin. Ce n’est donc pas considéré comme une motivation. Attention, les enchères montent ! De plus en plus de candidats n’hésitent pas à abandonner une bonne partie de leur dignité dans un CV vidéo avant même de passer au face-à-face. On n’achètera la force de travail que de celui qui est prêt à donner son âme, en bonus, pour valoriser l’entreprise. Alors ho, tu le veux ce job, ou bien?
Se montrer mordant sans jamais contredire son interlocuteur, positiver, sourire, avoir l’œil qui pétille. Travailler la posture, la musique des mots. Ne pas mentir. Penser positif. Et surtout… rester soi-même. C’est tout simple, regarde :
(Mes félicitations à tous ceux qui ont décroché un job à la BNP samedi, bon courage aux autres, et aussi l’inverse.)
Les 2 nouilles ont aussi envie de vous dire :

tenir le pistolet d’abattage à percussion crânienne.. un job de demain !
je l’embauche pour la saison dexter 5
Heureusement, la jurisprudence dispose qu’une fois embauché, on peut déclarer à son patron qu’on n’est « pas là pour faire la pute » sans pour autant se faire virer… http://eco.rue89.com/2009/10/19/comment-traiter-son-patron-de-gros-con-sans-se-faire-virer-122130
Soleil, espoir
Si j’avais une porcherie de poulets je l’embaucherais tout de suite !!!
D’un autre côté, pour avoir bossé dans un abattoir, je dois dire que c’est pas facile quand on vous demande à l’entretien : »c’est quoi vos motivations pour nager dans la viande fraichement abattue pour un salaire de merde? » Je trouve que même si elle est pas crédible, elle s’en sort plutôt pas mal!
dans le genre, « je suis prêt à tout pour gagner de l’argent et en mettant de côté sa dignité avec un grand sourire », ya aussi un le métier de « candidat à FEAR FACTOR » (en plus il passe des castings avant comme pour un job)