On me dit « fais gaffe »
On me dit « fais gaffe », « tombe pas dans la caricature », « faut que ce soit drôle quand même, mets-y un peu de ton autodérision, de ton humour ». Et puis y’a le juridique, « tu risques la diffamation, tu peux pas parler de telles choses, c’est grave ».
Et puis on va me dire aussi « oui, mais tu sais, dans ma boîte, une nana, une iranienne, on m’a demandé de la virer parce que, soi-disant, elle ne parle pas bien le Français. On me demande donc de lui confier des missions qui ne sont pas dans ses compétences : elle devient forcément inapte ». Oui, c’est révoltant, c’est incroyable et ça existe pour de vrai.
Dans la vie sur terre, en France, en 2009, des gens se lèvent chaque matin pour aller au boulot, ils prennent leur automobile, bouchonnent sur le trajet, stressent d’arriver en retard et donnent leur meilleur pour l’avenir prospère de l’entreprise.
Et puis on EN parle. On EN parle de ces rumeurs, de ces différences, à la pause café, au coin du sandwich, à l’apéro entre collègues. « Tu sais pas ? mais elle est gouine… oui, oui, elle joue à broute minou ».
Discussion du matin, l’ordinateur s’allume, les mails arrivent. « Ah oui, c’est quoi cette série n’empêche ?? Franchement, à 20h30, je trouve ça choquant de voir 2 hommes s’embrasser ». C’est vrai, c’est moche 2 personnes qui s’aiment.
On m’a demandé plusieurs fois si ma relation avec une femme pouvait me causer des problèmes dans mon job. J’ai toujours répondu non, spontanément. Je me suis trompée.
La première fois que je l’ai dit, on m’a demandé si je comptais ensuite devenir zoophile. J’ai souri, bêtement, m’imaginant dans une cage. La deuxième fois que je l’ai dit, j’ai perdu mes amis : conversation à sens unique avec leurs répondeurs. La troisième fois, je ne l’ai plus dit (j’avais enfin compris).
A présent, à chaque fois qu’il faut le dire, j’ai l’impression de jouer à pile ou face, sans transitions, sans espaces de rencontre. Soit ça passe, soit ça casse.
Au boulot, j’avais donc fait un choix : ma vie privée ne regarde que moi, je ne le dis pas.
- T’es mariée ?
- Non.
- T’as un mec ?
- Non.
- T’es célibataire ?
- Ouaih… enfin… mais t’as fini avec tes questions oui ? (sourire gêné et regard qui part ailleurs)
Moi, je voulais juste qu’on me foute la paix. Je ne posais jamais de questions sur la vie des gens, j’étais au travail et je faisais mon boulot. Je ne pose pas de questions = ils ne me posent pas de questions, CQFD.
Ainsi, je ne me retrouve plus face au problématique « Je lui dis ou pas ? Elle/Il va encore me parler après ou pas ? » Au final, mes collègues me voient hautaine, distante, froide, égoïste (super, tout le contraire de ce que je veux, j’ai tout gagné).
Tout dire ou ne rien dire, ce sont finalement mes 2 seuls choix possibles. Être dans l’entre deux, dans le non dit, dans la nuance, dans la discrétion, ça ne marche pas au boulot, pas pour moi en tout cas. Soit on l’assume, soit on ment. J’ai longtemps menti, de peur d’être rejetée. Rejetée comme les premières fois où je l’ai dit, où j’ai tout perdu.
Parce qu’à chaque fois, il faut LE dire. Il faut passer cette barrière de l’intime, du soi. Trop souvent, le dire vous entraîne dans un dialogue de justifications, d’explications.
Lorsqu’un homme apprend que vous êtes lesbienne, il vous promet, encore aujourd’hui (alors que les mentalités évoluent à toute vitesse, je tiens à le souligner), des vraies nuits d’amour pour vous réconcilier/reconvertir avec l’Homme (ô dieu phallus, sauve-moi !). Ou alors on vous dit que c’est vraiment dommage, « quel gâchis… mais t’es vraiment sûre ?? »…Les questions indiscrètes surgissent, du « comment tu fais ? » au « et qui fait l’homme ? ». Est-ce que je lui demande moi, si il sodomise sa femme en levrette ? Est-ce que je lui demande comment elle lui fait la fellation ? Ben non. Mais eux, ils me demandent. Alors je réponds, avec patience, avec un sourire, avec de la compréhension.
Et il y a un jour où un collègue vient vous dire « fais gaffe, on parle dans ton dos, on m’a même demandé si tu broutais les chattes » (citation poétique dans le texte). Et un jour, votre patron, devenu ex-patron depuis, vous dit que vous pouvez faire ce que vous voulez dans votre vie privée mais que votre relation avec une femme est problématique, votre attitude a vraiment changé. Il met alors en perspective vos échecs professionnels qu’il a construits de toute pièce dans son imaginaire (inconscient docteur Freud?) lesbophobe et vous vous taisez, interloquée, licenciée.
Aujourd’hui, j’ai décidé de le dire à mes collègues à chaque fois, à la pause café, au déjeuner, à l’apéro. Je dis haut et fort que mon homosexualité n’est pas un motif légitime pour juger mes compétences et mon travail. Je le dis.
Les 2 nouilles ont aussi envie de vous dire :

Hum, ça a l’air de jaser dans ta boîte !
ça jasait !
Moi je dis pas « t’as des couilles », sinon tu vas m’en coller une. Et comme en plus ça veut pas forcément dire avoir du courage…
T’es belle.
Tu as bien raison. J’hallucine en te lisant. Il y a vraiment des gens à côté de la plaque.
Tu as mon soutien !
merci clément ! ça fait toujours plaisir
Quoi! C’est un blog de Lesbienne! Beurk, sale, dégoutant… Moi qui vous pensiez normales, je suis outré. Et bien sur je ne venais ici que pour plus en apprendre sur Méline et la draguer sur Twitter, haha quel Naïf je faisais.
Hé d’où tu déduis comme ça par extrapolation globalisante que moi aussi je préfère les femmes? « Ca » n’empêche pas non plus d’être amies, mon cher
.
« Shame on me » pour la confusion et l’amalgame.
C’est accablant, cette chape de bêtise sous laquelle il faudrait se courber. Donner des gages, se justifier d’être, s’effacer pour ne pas déranger… déjà, rien que d’être une fille… alors, en plus…
Heureusement, tu as ton clavier, tes lecteurs et tes amis pour sortir de là, émerger, prendre de la hauteur.
Ne te laisse pas imposer les règles : tu aurais toujours tords.
Ca va le faire, à ta manière, tu vas voir
Le conseil <> n’est pas con-textuel, bien sûr.
Le conseil « ne te laisse pas imposer tes règles » n’est pas con-textuel, bien-sûr
(déjà que ma réplique était moyennement fufute, si elle est tronquée, en plus, euh…)
ça, c’est fait ! … et c’est bien envoyé !
Bien sûr que c’est affigeant Camille, que veux tu ! Lesbienne, PD, arabe, noir… et j’en passe. c’est pas facile de se faire accepter. De plus je crois que plus tu es dans une bourgade de province reculée plus c’est difficile !! Ce doit être dur à vivre mais au moins les choses sont claires et tu sais où et qui sont tes amis(es)… Allez mon meilleur pote est Pd et c’est un amour de garçon.
Le reste on s’en fout. Avec toi de tout coeur !!!!
merci lydia, ça fait du bien dans le coeur !
Je suis heureux de voir que les coming-out continuent en mon absence. Je tiens à te féliciter Camille. En effet, les moeurs sur l’homosexualité évoluent positivement en étant fier et digne comme tu l’es. HARVEY MILK
harvey milk, à voir de toute urgence !
Ca me fait penser à qq qui est séropositif et qui se tient sur la corde raide du jugement des autres !
Ta note me fait juste halluciner en fait, je connaissais le « racisme » envers les mecs homo mais pour les filles j’étais convaincu que ca se passait vachement mieux, mais la preuve que non…
Ils ne te méritent pas en tous cas !
Bonjour Camille,
Navré de lire ta prose, vraiment navré, car en tant qu’ancien collaborateur la seulle chose que j’ai eu à te reprocherc’est ton manque de discernement professionnel, ton attitude arrogante qui cachait certainement ce que je n’ai sû voir. Encore faut il avoir envie de voir, moi je n’étais concentré que sur une chose, mon boulot et je tombe un peu de haut quand je te lis.
Primo parce que les moments que je passais dans la boite, je les passais à autre chose que de savoir qui faisait quoi avec qui ou quoi.
C’est peut être là l’essence de ton problème dans cette petite PME c’est que tu as certainement eu l’impression que tu étais différente et que c’était les autres qui ne te comprennaient pas. Alors que moi personnellement je ne voyais que la collaboratrice qui à du mal à s’intégrer dans une équipe et qui à besoin d’utiliser les rapports de forces avec ses collègues.
Je n’ai pas de problème avec toi, avec personne en fait …; seulement je n’aime pas que l’on se voile la façe, tu n’as pas sû mettre en avant tes qualités tu n’as fait que mettre en exergue le défauts (????) des autres.
Ce n’est pas comme cela que tu deviendra la collaboratrice respectée et acceptée (tout comme n’importe quel hétéro).
Tu es dans le déni, et c’est avant tout ton comportement professionnel qui à provoqué la rupture et jamais je n’accepterai que tu puisse diffuser un tissu de mensonges tels que ceux que tu diffuses. C’est une forme de diffamation, je ne me sent pas visé mais c’est au nom de mes collègues que je te réponds.
Sache pour ta gouverne que j’ai de très nombreux amis homos(hommes et femmes) que notre boss à longtemps travaillé avec un homme qui ne partage pas son orientation sexuel(il le savait en l’engagent et qu’il est largement au dessus de cela.
C’est certain que tu ne conservera certainement pas cette intervention, mais peu importe….. cela m’a fait du bien de te dire que ce que tu fais en privé je m’en fiche comme tu te fiches de ce que je fais en privé, par contre pour ta carrière ….. là c’est ton comportement que tu devra changer et faire évoluer, car quelque soit ton orientation sexuel tu ne pourras pas cacher ta compétence ou ton incompétence longtemps.
Ton boss n’a cesser de dire que tu étais une rcrue de premier ordre alors si aujourd’hui ta compétence avait eu le moyen de s’exprimer au sein de cette boite, tu en ferais encore partie et tu le sais.
je crois aussi que tu es une fille très intelligente mais de grâce …ne fait pas l’erreur de déplacer le problème. Pour toi comme pour ton futur voir les choses en façe est salutaire.
très amicalement dominique
Dominique,
Je ne supprimerai pas ton commentaire, chacun a heureusement le droit de s’exprimer. Cela fait de la peine de lire tes mots. Tu affirmes que je suis dans le déni, que je me voile la face alors que j’essaye justement de parler. Il est par ailleurs curieux de constater que ta parole et ton avis prévalent sur les miens et sur ce que j’ai vécu. Enfin, j’ajoute que je parle de mon expérience professionnelle en général et je ne pense pas que tu sois au coeur de toute ma vie professionnelle. Regardons les choses en face
désolé pour les fautes mais j’ai répondu émotionellement car j’ai vraiment pas pour habitude d’apprécier l’injustice….
Bonjour Dominique,
Il est étonnant que tu lises une « injustice » envers toi dans le billet de Camille. C’est un témoignage très personnel qui englobe des années de questionnements, pas un réquisitoire. Il se trouve simplement que le fait que son employeur évoque (simplement évoque) son orientation sexuelle lors d’un entretien officiel de licenciement est parfaitement inapproprié. Ca l’a choquée et fait réfléchir, ça lui a donné envie d’en parler. C’est tout. Je crois que sa parole a le droit d’être respectée sans qu’on vienne lui cracher à la figure.
Je suis contente aujourd’hui plus que jamais d’avoir ouvert ce blog: le fait que tu prennes la peine t’y exprimer me donne l’impression qu’il sert à quelque chose.
Merci à toi.
Bonjour à tous.
je suis Olivia et je viens de découvrir ce cite internet car je suis à la recherche d’une file que j’ai rencoontré pendant les fetes de bayonne…et bien sur je suis tombé ici.
le monde est bien petit, c’est e,n recherchant un coup de foudre que je tombe sur un cite de lesb!!
camille, je ne te connais pas, mais je trouve que tu as du courage car dans le milieu pro, il est trés dificile de se dévoiler.
perso je suis dans une petite entreprise et il m’est impossible d’avouer!! Donc je ments. du genre: quand ca été terminé avec mon ex, je disais: ma coloc se passe mal…
je sais pas terrible mais ce évite au moins les mauvais regards!!
a vous lire!
à la recherche de l’amour à Bayonne, tu tombes sur les2nouilles, ça me plaît bien !
et puis on parle de plein de choses importantes comme les soutien gorge à l’eau, notre angélique marquise, les feux de l’amour, la pole dance.. Des sujets fondamentaux !
la toile est toute petite oui, peut-être même plus petite que les fêtes de bayonne pour trouver quelqu’un ! Je te souhaite bien de la retrouver
bon, après, en termes de positionnement stratégique mondial, les2nouilles n’est pas un site de lesbiennes, il se trouve juste qu’une des 2 l’est
Oui, le coup de la coloc, je connais, un grand classique !
chacun/chacune fait son chemin et est libre de dire ou de ne pas dire. Le principal est de se sentir bien !
Avant, ne pas être marié (ou divorcé) était une tare pour une femme. C’était déja trés con. Mais la situation a évoluée, doucement…
Maintenant c’est être homosexuel qui est une tare. Et à l’heure de l’internet, du savoir « open source » et à grande échelle, on se demande encore comment on peut avoir un comportement aussi « grossier/primaire ». (j’ai des amis gays H/F, et trés sincèrement, leur partenaire je m’en f*** violemment.)
Mais quel est le filigrane, le fil rouge, le point commun derrière cela: la recherche du bonheur.
Mettons que le probleme « homo » passe comme les autres en leur temps. Quelle sera la tare de demain: être heureux, tout simplement ?
Plus sérieusement, si une mention de ta « séxualité » a été faite en entretien officiel, c’est un délit. Et même si remuer le couteau dans la plaie ne te fera pas du bien, autant ne pas laisser des bas de plafonds aussi minables s’en sortir sans subir les conséquences de leur bétises.
Plein de bonheur à toi… et avec qui tu veux !
je suis d une autre génération mais je crois que si ds l absolu notre socété est tolérante,au quotidien elle accepte mal les differences.Ds le monde du travail ,c est plus difficile quand on est noir ,arabe, homo, petit , gros ,vilain,handicapé….
La vie est semée d embuches ,pour les surmonter il faut etre plus fort ,plus doué; plus compétent et faire abstraction des cons car on en rencontre toujours.
pour l anecdote j ai perdu mon job il y a 38 ans parce que j etais enceinte!!!
les epreuves st toujours difficiles à traverser mais on en ressort plus fort et mieux armé pour éviter les suivantes!!
bon courage camille!
Ben oui, on t’avait dit « fais gaffe »…. rhalala, celle là
bonjour camille,
ma curiosité et mon inquietude m’ont conduit de bon matin a lire afin de comprendre ce qui t’arrivait.
je n’ai pas le temps de faire a cette heure un commentaire plus interessant mais nous tenons (franck et moi) a te temoigner de notre soutien et de notre amitié..
esperant te voir tres bientot autour d’un verre sur une terrasse pleine de frustres qui envieront notre plaisir de vivre et d’etre ensemble ^^
ce me semble la meilleure reponse a apporter a ces pauvres gens.
plein de bises et de bonnes ondes
Juste parce que je ne peux m’empêcher de faire ma juriste: C’est le Dominique, dans les commentaires un peu plus haut, qui est en pleine diffamation. Doublée d’un furieux acharnement contre l’ami Bescherelle…
Sur la note, son sujet etc… Oui, heureusement, les mentalités évoluent, mais encore trop lentement.
(je ne sais pas quel motif de licenciement figure dans la lettre, mais tout ceci, de ce que tu en dis, me semble bien contestable… je dis ça, je dis rien)
Merci pour ton soutien!
(Une fidèle lectrice ravie de t’accueillir)
Je dis tout pareil que méline
C’est dingue j’étais justement un peu dans ce questionnement là moi pour l’instant… Le dire à tous ? Pas le dire ? Certains de mes collègues sont au courant, je leur en ai parlé déjà. Ceux en qui j’ai confiance, ceux avec qui je partage le plus. Aucun n’a mal réagi, mais c’est clair qu’à mon avis avec ça j’ai quand même ouvert la porte aux rumeurs, il suffit d’un rien. Pour les autres, je joue avec les mots. Ca fait des années que c’est comme ça, quelque part je crois que j’aime ça
mais il faudra bien que je finisse par mettre tout au clair un jour. En espérant que tous les chefs ne sont pas comme ton ex-tien…
En tout cas merci pour ton témoignage/coup de gueule, et plus largement merci pour ce blog les2nouilles, j’apprécie beaucoup sa lecture
je crois que c’est plus simple quand les choses sont dites..
merci pour les2nouilles !
Il me semble qu’il y a des choses qui relèvent de la vie privée, de ma vie privée et qui ne regardent absolument pas les lecteurs des 2nouilles.
Je pense que des limites sont dépassées. Aussi dominique, si tu veux entamer une discussion, tu peux me contacter à l’adresse suivante camille(at)les2nouilles.com et on peut aussi boire un café ensemble.
Merci