— LES2NOUILLES

La fin des journaux : quelle information pour demain ?

Peut-être est-il temps de paniquer affirme Bernard Poulet dans son livre « « La fin des Journaux et l’avenir de l’information », publié chez Gallimard (janvier 2009). Les journaux licencient de plus en plus, perdent davantage d’argent chaque jour, le lectorat s’amenuise, les investissements publicitaires diminuent (le nombre de publicités dans la presse a chuté de 32,5% ces 10 dernières années) : le bilan est plus que morose. Bernard Poulet qualifie la presse de « grand corps malade ».

vigJournaux

Quelle information est aujourd’hui proposée au lecteur ? Que devient le métier de journaliste ? Quels sont les modèles économiques viables pour un journal et pour un site d’information ? Quel est le pouvoir des médias ? Autant de questions passionnantes auxquelles Bernard Poulet tente de répondre.

J’ai beaucoup apprécié la lecture de cet ouvrage mais j’ai eu le sentiment de rester sur ma faim. Bernard Poulet dresse un portrait catastrophique (et le mot est presque trop faible) de la presse, de ses choix stratégiques, de son avenir. Les chiffres sont là et viennent à chaque fois poser la question : quelle est donc la solution ?

A la question de l’avenir (dernière partie du bouquin), j’ai trouvé l’auteur assez vague. Il évoque les pistes que nous connaissons aujourd’hui : le freemium, l’info ultra localisée, les modèles de partage et de commentaires (les réseaux sociaux), l’info comme marchandise parmi d’autres. LE business model n’a donc pas été trouvé (voilà, le suspense est perdu).

Je n’ai donc pas été très convaincue par cette dernière partie et les questions trottent toujours dans ma tête : que va devenir mon libé du samedi matin au marché ? demain, qui va produire l’information ? quelle sera la qualité de cette information ? (et je vous épargne -pour le moment- mes questions sur l’avenir de twitter ou la dimension de plus en plus éphémère de l’information..).

Les modèles émergents (les réseaux sociaux, les nouveaux sites médias comme rue89, twitter, les blogs) sont surtout basés sur le commentaire d’une actualité : l’internaute donne son avis mais ne crée pas l’information, il la relaie, la transforme en lien. Nous sommes, nous les internautes, les nouveaux médiateurs de l’information, nous les agrégeons au sein d’interfaces multiples mais nous partons rarement faire une investigation (métier premier d’un journaliste).

La question de la valeur de l’information se pose donc : est-elle dans la création de l’information ou dans le partage de cette information ? Et je me pose une dernière question : si les médias traditionnels n’ont plus les moyens de créer l’information, qu’allons-nous relayer ? qu’allons-nous partager ?


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couvbouquinpetitPour étayer la réflexion, je vous propose ci-dessous une sélection d’extraits du livre que j’ai librement commentés.



Des repères qui se brisent
« Les media traditionnels et surtout la TV, proposaient une unité de temps, de lieu et d’intrigues. Les grands media sont moutonniers : ils suivent les mêmes sujets, proposent les mêmes interviews et les mêmes analyses. » Le journal de 20h sur TF1 reprend les sujets traités sur la 2 et vice-versa.

« Avec Internet, ces repères volent en éclat : fragmentation de l’information, décontextualisation du message, éclatement des émetteurs. »



Une société en mutation ultra rapide et internet en accélérateur
« L’information est en déclin de consommation : épuisement des croyances, des engagements et des modèles collectifs, triomphe de l’individu et fragmentation de nos sociétés.

L’individu est hyperconnecté, développe une intelligence rapide, malléable mais ne se laisse guère le temps pour hésiter, réfléchir, rêvasser. L’hésitation, l’ambiguïté ne sont plus des moments de réflexion mais des bogues, des erreurs de programme.

Internet accélère les processus de l’individualisme, du narcissisme, la déliaison des individus, le culte de la vitesse et le déclin de la lecture. »



Un balayage de l’information
« L’information se lit en survol : les 12 millions de visiteurs du New York Times ne regardent en moyenne qu’une seule page (et cela ne garantie pas qu’ils la lisent en entier..). Soit ils brossent la home et ses grands titres, sans entrer dans les articles (aperçu global de l’info), soit ils rentrent par un article et ne rebondissent pas vers d’autres contenus. »

De la même manière, la presse gratuite offre un balayage rapide et souvent sommaire de l’actualité : enchaînement de gros titres, reprises souvent « brutes » de la dépêche AFP, équipes rédactionnelles multitâches (le rédacteur doit être capable de faire la mise en page par exemple).



Un lectorat vieillissant et des jeunes en illettrisme numérique
« Le lectorat de la news vieillit même sur internet : de 37 à 42ans (le lecteur papier est à 55ans). Le public jeune n’est pas conquis par ces nouveaux sites d’infos.
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Les digital natives (les générations qui n’ont pas connu la connexion 56K ndlr) ont beaucoup de mal à trouver les mots qui conviennent pour effectuer une recherche efficace, on parle d’ailleurs d’illetrisme numérique. Les jeunes ont inventé « une novlangue », dédaigneuse des règles de l’orthographe, de la syntaxe, de la grammaire. »

J’ajouterai que la dimension phatique du langage prévaut sur les autres usages : les envois de SMS, le tchat, le skyblog (7ème réseau social mondial et 1er site de France) sont autant de moyens pour les jeunes de rester connectés et dire qu’ils existent, qu’ils sont là.



La non censure synonyme d’amateurisme
« Les réseaux rendent obsolètes la hiérarchie des informations : ni dieu, ni maître, ni expert. La culture n’est plus un acquis, le produit d’une histoire mais une perpétuelle reformulation par des sujets aptes librement à se réinventer et à tout réinventer.Wikipedia-logo_50px

Pour Andrew Keen, dans Wikipedia, on ne trouve pas la réponse d’une encyclopédie digne de ce nom, mais seulement ce que disent les gens qui ont une connaissance générale de la question et ce qu’ils estiment que les gens peuvent comprendre. Toujours selon cet auteur, le métier de l’information a été transformé par internet en production de bruit par une centaine de millions de blogeurs parlant d’eux-mêmes tous en même temps. »

Ainsi, selon Andrew Keen, ça bourdonne, ça gazouille sur la toile mais cela ne crée pas d’information. Je pense que c’est l’un des points où j’étais le moins en accord avec l’auteur. Certains blogs parlent d’eux-mêmes effectivement et je ne pense pas que cela soit condamnable. Ce n’est pas de l’information, ce sont des journaux extimes. Il me semble qu’il existe une multitude de blogs où de l’information est créée, exclusive et de qualité.



L’information, un produit comme les autres

« Aux USA, l’information est de plus en plus traitée comme une « commodity » : un produit de base parmi les autres sur un site. Un des objectifs des médias traditionnels US est de faire muter une société éditrice de contenus en une compagnie de services d’information et de divertissements. On parle alors de « media global ». »




Une interview de Bernard Poulet est disponible sur le site du nouvel obs. Bernard Poulet est rédacteur en chef à l’Expansion.

Pour commander la fin des journaux : amazon, fnac, mollat, alapage

Les 2 nouilles ont aussi envie de vous dire :

  1. Et c’est parti! Et c’est parti pour le ciao!
  2. 2011 : les tendances
  3. Elle est revenue, pas de pitié pour le net
1 comment
  1. e_mmanuel says: 8 juillet 200917 h 28 min

    Ce Poulet, on est sûr qu’il s’y connaît, en canards ?

Le vôtre